
Deux évènements pose le cadre de l’aventure. D’un côté, un homme noir est retrouvé mort dans un vignoble et de l’autre, un bébé a été enlevé. Le lieutenant Shepperd tente de faire des liens qui le mèneront au coupable.
4e de couverture
En Afrique du Sud, une vingtaine d’années après l’Apartheid, les cicatrices laissées par l’ancien système peinent à se refermer. Le racisme n’est plus institutionnalisé mais les inégalités toujours présentes et la population divisée entre les propriétaires blancs et les ouvriers noirs.
Dans ce contexte, Sam est retrouvé mort sur les terres de la ferme des Pienaar, ses employeurs. Le lieutenant Shepperd est chargé de saisir les enjeux qui auront mené au drame. L’enquête s’alourdit bientôt d’éléments disparates : conflits et secrets familiaux, recours à la sorcellerie, disparition d’un bambin dans le voisinage.

Mon avis
Caryl Férey n’est pas à son coût d’essai dans la bande dessinée. Après son diptyque avec Giuseppe Camuncoli pour « Maori », il revient avec « Sangoma : Les damnés de Cape Town ». On retrouve sa fine plume, précise et cruelle. Cette fois, il nous emmène en Afrique du Sud dans la province de Cap Town. L’album débute avec un meurtre dans un vignoble. On retrouve peu de choses sur le corps. Le lieutenant Shepperd mène l’enquête et comprend qu’il y a quelque chose de louche. Il pose des questions et les réponses restent très évasives. En parallèle, on nous montre une mère désespérée. Quelqu’un a enlevé son bébé. Qui a bien faire ça? Bien entendu, les choses sont liées et progressivement on découvre pourquoi et comment. Les indices parsemés prennent sens pour mener à une enquête d’une grande complexité.

Une belle opportunité pour évoquer l’apartheid avec ces conséquences. Les extrêmes qui défendent aussi bien le droit à la propriété des blancs que des noirs créent de fortes tensions. De forts enjeux politiques se font ressentir. Car des décisions prises au niveau de l’Etat peuvent tout changer. Alors s’il faut tuer des responsables pour prendre le pouvoir tous les coups sont permis. La distinction sociale est aussi très marquée. On va dans un bidon ville très organisé. La violence et les dealers y règnent en maître. Quand y vit sans y vivre, c’est très périlleux. Alors quand l’inspecteur y va pour trouver une sangoma, les choses tournent à la catastrophe. Quand les gens sont atteints par des maladies graves comme le sida, tout se tente, même le plus horrible. Les rites secrets ancestraux demandent des sacrifices assez spécifiques comme des testicules d’enfants. Une façon élégante de parler des différents niveaux de santé possibles et l’importance des croyances. Le scénariste évoque aussi les messages gouvernementaux face à des maladies que l’on soigne dorénavant avec des médicaments.
On s’attache au héros principal. Shane Shepperd possède un look à la Bob Morane. Mal rasé, vêtement sale, impertinence, provocateur, il a vraiment une personnalité à part et forte. Il sait quand on lui ment. Dans la plus grande discrétion, il a une relation avec une belle femme noire, maîtresse du leader d’extrême droite. La pauvre perdra un doigt dans l’affaire. Et puis on découvre aussi un homme qui tente de s’en sortir, qui veut de la justice et qui n’y arrive pas. Parfois, une perche se tend et il faut la saisir pour un nouveau départ. Un message d’espoir qui permet de fermer l’ouvrage plus apaisé.
Le trait de Corentin Rouge est très réaliste et concret. Il permet de s’immerger directement dans le récit et le rend plus vraisemblable. La mise en page permet de valoriser l’action et le dynamisme. L’inspiration du cinéma se fait ressentir. On assiste à des gros plans et on voit certains gros détails. Le jeu des couleurs assez ternes avec des pointes de teintes plus chaudes permet de faire sentir la tension. La structure est assez classique pour le genre et satisferont les grands fans.
Une bd polar politique aussi intense que le roman.

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