Ce n’est pas parce que l’on naît dans une famille d’artiste qu’on en devient un. Du moins, pas dans un premier car Yves Klein s’épanouit dans le sport. C’est grâce à ce dernier qu’il aura une révélation.

4e de couverture
La vie courte et intense de l’inventeur du célèbre bleu plus que bleu. 

Entre 1954 et 1962, date de sa mort à l’âge de 34 ans, Yves Klein réalise une œuvre flamboyante qui fait de lui l’un des plus grands artistes français de la seconde moitié du XXe siècle. 

Dans sa quête d’immatérialité et d’infini, Yves Klein adopte le bleu outremer comme véhicule. De ses monochromes au vide jusqu’à l’emploi des éléments de la nature afin de manifester leur force créatrice, il a conçu une œuvre qui traverse les frontières de l’art conceptuel, corporel et du happening. 

Mon avis
Quand on voit un monochrome bleu de Klein, on s’en souvient toute sa vie. Il fait parti de ces rares artistes à travailler avec une couleur. On pourrait dire que c’est le Anish Kapoor avec le Vantablack de son époque. Yves Klein est issu de parents artistes ayant leur renommé. Par conséquent, il vivait entouré d’art et dans un esprit un peu bohème. Il s’intéresse au judo et va même ouvrir son dojo. Sa passion le poussera même à monter en damne en allant au Japon. Mais les autorités sportives françaises refusent de l’accepter. Un goût amer lui reste en bouche. Quelle belle opportunité pour passer à autre chose et avoir une révélation. C’est là qu’il décide de se lancer dans le monochrome et de travailler la puissance de la couleur unique. « Yves trouve un pigment qui lui plaît. Mais il doit utiliser le bon liant pour en faire une couleur » (p. 79). Pendant un an, il travaille avec des professionnels de la couleur chez Rhône-Poulenc pour trouver la teinte idéal. Une fois trouvée, un nouveau départ s’offre à lui. Le bleu ne laisse pas insensible.

Pourquoi le bleu? « Le bleu est la couleur de notre planète. Le bleu, c’est l’obscurité qui devient visible. Le bleu n’a pas de dimensions. Il est hors de dimensions, tandis que les autre couleurs, elles, en ont. Ce sont des espaces psychologiques. Le rouge, par exemple, présuppose un foyer dégageant de la chaleur. Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes, matérielles ou tangibles d’une manière psychologique, tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a après tout de plus abstrait dans la nature tangible et visible » (p. 71). Pour avoir un autre regard sur le bleu, il suffit de lire Michel Pastoureau. L’IKB (International Klein Blue) a permis une période bleu qui lui a donné sa renommé et a permis de s’entourer d’amis. La teinte lui a surtout permis de rencontrer son amoureuse avec qui il aura un enfant.

Julian Voloj propose un récit assez sage d’un artiste qui a tout pour réussir. On a l’impression que tout était facile grâce sa famille et son entourage. Le seul souci qu’il a rencontré, c’est la crise cardiaque fatale. C’est dommage qu’il n’est pas montré les turpitudes, les critiques assez dures, les rejets.. Et surtout ce qui manque c’est montré la variété des productions. On ne parle pas des mononochromes dorés ou rose. Sans compter sur le fait qu’ils gagnaient de l’argent avec ces peintures polémiques. Il a même vendu des mêmes toiles à différents prix selon l’orientation de la lumière. L’homme était complexe et inventif. Les choses improbables émergeaient aussi grâce à ceux qui l’entourait. Le contexte reste très secondaire.

Le dessin et la mise en page de Wagner William facilite l’immersion. Il se joue un peu des formes classiques et n’hésite pas à occuper deux pages à montrer des traits de couleurs. Par contre, l’édition ne rend pas hommage aux vibrations de l’IKB. Le graphisme transmet la passion et l’énergie du peintre. Le fait d’altérer les formes régulièrement nous incite à rester captiver. Les pages se tournent avec plaisir d’en savoir un peu plus sur Yves Klein. Pour donner du sérieux, on trouve une biographie officielle avec des photographies personnelles à la fin. C’est trait pour trait ce qui a été raconté. Néanmoins, si on omet des éléments dans la biographie, on n’a pas l’impression de manque. Une approche assez maligne et pas forcément honnête. Au final, pour ceux qui n’ont jamais entendu parlé de l’artiste, c’est l’émerveillement garantie.

Une bande dessinée accessible et coloré qui rend hommage à la folie créative d’Yves Klein.

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