Les seins ne sont pas juste des outils de fantasmes pour ces messieurs. Ils construisent une identité féminine. Quand le cancer débarque, ils prennent une tout autre dimension.

4e de couverture
Jennifer grandit avec une poitrine plate, toute plate, et une conscience aigüe de ce triste état de
fait… Puis elle va à l’université, où elle s’épanouit – et ses nénés aussi… Avec l’âge adulte arrivent des histoires moins drôles : la mastectomie de sa mère, l’infidélité de son père. Puis d’autres plus réjouissantes, comme la naissance de ses enfants.
À 43 ans, lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte à son tour d’un cancer du sein, Jennifer se bat, l’emporte et tente de se reconstruire.
C’est toute cette histoire qu’elle nous livre ici, entre espoir et peur, fierté et gêne, vie et mort.
Sans tabou ni censure, teinté d’un humour corrosif, NÉNÉS CHÉRIS est une bouffée d’air frais, un mélange irrésistible de douceur et de lucidité. Une réflexion sur la vie, cette maladie incurable…
L’un des meilleurs romans graphiques de 2015 selon The New York Times.

Mon avis
Quand on découvre la taille de la bande dessinée, on pourrait avoir peur. Le pavé s’avère nécessaire pour le partage d’un récit de vie. Jennifer Hayden se dévoile avec ces doutes, ces espoirs, ces peurs et son imagination totalement débordante. Quand elle était adolescente, elle est totalement plate. Elle avait assimilé que pour plaire aux garçons, il faut impérativement des gros seins. Néanmoins, cela ne l’a pas empêcher de trouver des amoureux. Quand ils se sont mis à pousser, là voilà rassurer sur sa posture de femme. Elle sent sur elle le regard des hommes qui lui confère un statut spéciale. Même maintenant, les pervers vicieux restent des bases sur la féminité ou non. Etre un outil masturbatoire ne devrait pas être autant valorisé. Le rapport au corps n’est pas facile à se construire.

La bédéaste raconte les rebondissements de sa vie amoureuse très riche. Jusqu’au jour où elle tombe vraiment amoureuse. Cet homme c’est le bon pour construire sa vie à deux. L’entourage commence à se marier, avoir un logement puis des enfants. Elle sent la pression sociale sur elle. Donc elle se trouve un travail, puis arrive à trouver un petit chez eux jusqu’à l’étape suivante. La voilà rassuré d’être conformiste avec les gamins également. Tout semble bien heureux dans leur monde à part quelques décès familiaux. Puis une ombre se dresse avec l’arrivée du cancer du sein. Des souvenirs avec sa mère lui reviennent à l’esprit. Impossible de ne pas imaginer le pire avec la mort et l’abandon de sa progéniture. L’émotion est au rendez-vous et semble sincère. Le temps est long quand on attend l’opération, puis les résultats et se projeter avec la reconstruction. Il faut se réapproprier son corps et espérer que les autres vous aime toujours pareil en étant différente. Tout le monde peut se reconnaître dans ces réflexions, ces moments de doute et de tristesse.

Impossible de ne pas s’attacher au personnage centrale ainsi que les principaux qui gravite autour d’elle. Ils forment un tout qui fonctionne ensemble, qui se soutienne, s’écoute, se dispute, s’aiment… Un grand foutoir cohérent sur lesquelles on peut compter. Le témoignage prouve qu’aucun destin n’est au préalable défini. C’est à chacun de choisir des chemins, d’oser ou pas, de croire ou pas. Son parcours professionnel est très original. En suivant ces aspirations, elle est venue à la bande dessinée. Ce qu’elle voulait raconter n’allait pas dans un format standard? Qu’importe, elle a fait ce qui lui semblait le plus à propos. Un récit authentique d’une femme en quête d’elle-même et d’affirmation de soi. Une bd douce amère et drôle. On se laisse prendre au jeu et on tourne les pages avec ravissement. Le style paraît original en France et pourtant on sent les influences du comics underground dans le trait. Ainsi les traditionalistes et les autres, peuvent s’y plonger sans peur et sans crainte. Le choix du noir et blanc ne dérange pas. L’ensemble est cohérent et il n’y aurait rien à retirer ou à rajouter. Un plaisir à lire, qui donne à sourire et que l’on apprécie de partager.

Une bande dessinée audacieuse qui parle du cancer du sein, de l’appropriation de son corps, de sa place dans la société… Tout à chacune pourra se reconnaître.

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