
Qui ne rêve pas d’être riche? Un champ de possible s’ouvre à nous quand on a beaucoup d’argent. Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot forment un duo de sociologue qui analyse un milieu qui change les êtres.
4e de couverture
« Riche, pourquoi pas toi ? » est une enquête fiction sur l’argent signée Marion Montaigne.
L’auteur s’appuie sur les écrits de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, deux authentiques sociologues « spécialistes des riches »…
« Riche, pourquoi pas toi ? » est un one shot qui raconte l’histoire de Philippe Brocolis, heureux gagnant de la cagnotte du Loto. Avant, les choses étaient simples : pour Philippe, être riche, c’était ? eh oui !? avoir de l’argent ! Pourtant, après avoir reçu son gain, il s’aperçoit que ce n’est pas si simple à définir, la richesse.
Avec l’aide des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, la famille part à la conquête d’un monde qui lui est totalement étranger, celui de la bourgeoisie. « Riche, pourquoi pas toi ? » est une histoire complète, une BD documentaire et humoristique sur l’argent et les riches.

Mon avis
Parfois la sociologie peut faire peur. Mais pour Marion Montaigne, c’est un défi de le rendre accessible au plus grand nombre. Elle a déjà à son compte « Tu mourras moins bête », « Dans la combi de Thomas Pesquet » ou « Nos mondes perdus ». Et bien entendu, le résultat est surprenant, drôle et pédagogique. Elle emmène son lecteur avec le couple de sociologu Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Leur sujet de recherche est sur les riches, leur mode de vie, leur rapport au monde, la gestion de leur argent, leur rapport au développement de son réseau… Pour bien comprendre ces mécanismes et leur essor, on suit un couple qui a gagné au loto. Indubitablement leur vie à changer et il ne peut en être autrement. Le côté décalé avec ce dessin très singulier rend la lecture d’autant plus intéressante. Et elle souligne aussi l’idéalisation de l’argent par rapport aux politiques par exemple. Etre nez avec une cuillère en argent donne systématiquement tout un lot de privilège que ceux au pouvoir vous aideront à conserver. Et en cas de souci budgétaire de l’état, on fera tout porter sur la masse d’en bas. D’ailleurs, n’est-ce pas grâce à des gens friqués qu’ils peuvent gagner leur croûte modestement. « Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les politiques ne veuillent pas changer les choses. Ils ne peuvent concevoir un autre monde que celui régi par le néo-libéralisme basé sur l’endettement, la baisse des dépenses et la politique de rigueur. Or la rigueur, c’est justement ce que veulent les marchés. Car ils spéculent sur la dette. Mais si la dette a augmenté c’est notamment pour sauver le système bancaire (et ses dérives) pendant qu’on accumule les manques à gagner dûs à dix ans de cadeaux fiscaux. Sans, parler des 80 milliards d’euros cachés en Suisse par des familles françaises. Bref, si on voulait vraiment, on saurait où trouver l’argent. Mais tant que la logique économique restera la même… A savoir la recherche du profit au détriment de l’humain.. rien ne changera. » (pp. 130 – 131).

L’idée de méritocratie continue à perdurer comme un mythe. « Le mérite, c’est ce qu’on fait croire, mais en fait, dans la vie, on mérite des chances dont dispose la classe à laquelle on appartient » (p. 118). Une précision qui change bien des choses. Ce n’est pas qu’il n’est pas possible de changer de caste sociale. C’est juste rare, juste quelques exceptions. « Jusque dans les années 50, on s’entraidait en famille et entre classe. Le groupe était important…C’était le bon vieux temps et Dépardieu jouait dans Germinal. Marx parlait d’une « conscience de classe » possible, grâce à la mobilisation et la lutte. Mais aujourd’hui, la société encourage plutôt l’individualisme, la concurrence et la compétition avec des effets plus ou moins néfastes. La classe ouvrière subit même un individualisme « négatif » car elle a perdu les liens de solidarité qui la caractérisait. Les classes moyennes sont plutôt dans un individualisme dit « positif » car finalement plus épanouissant, apportant une forme d’indépendance. Les riches eux, s’ils sont dans l’individualisme et la compétition dans l’idéologie, sont dans la pratique, tout à fait collectivistes et mobilisés… entre eux et pour eux. » (pp. 118-119).

Même le rapport au monde est inculqué différemment avec l’éducation. Les gens riches proposent très jeunes des activités culturelles à leur progéniture. Mais elle leur inculque aussi des bases sociales. Les parents organisent régulièrement des cocktails, des soirées et les enfants doivent se présenter et discuter. Très jeune, ils intègrent la discussion, la valorisation de soi, la mise en place de réseau. De plus, ils sont dans un cercle restreint et s’entraide pour trouver un boulot même fictif. Les hommes politiques incitent à cette façon de faire « parce que souvent les hommes politiques et hommes d’affaires se côtoient dans les mêmes milieux, ils participent tous à cette solidarité de classe. » (p. 129). En fermant le livre, on ne peut qu’être plus que convaincu qu’être riche c’est vraiment super. On a le droit à du respect de son banquier, des gens influant et on peut même avoir accès à des soins de qualité, rapidement et avec déférence. Malheureusement, la réalité nous rappelle à notre place. Faut-il pour autant se résoudre à enrichir la Française des jeux? Sinon, il va falloir se plonger dans Bourdieu et Weber.
Une bande dessinée drôle et percutante. Une approche de la richesse comme il est rare d’en avoir surtout dans le 9e art.

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