
Est-ce vraiment si absurde de se dire que les citoyens ont élu une noix de coco? Au moins son discours n’est pas du registre de la langue de bois. Et surtout il est difficilement corruptible.
4e de couverture
Electeur lambda, jeune couple, institut de sondage, polémiste, chauffeur Uber, amateur de crossfit… toute la société réagit à l’élection improbable d’une noix de coco au poste de président. On retrouve dans cette BD chorale l’écriture pertinente et impertinente de Marc Dubuisson qui aborde avec humour et justesse les sujets sociétaux et les tendances culturelles.

Mon avis
La résultat des élections sera annoncé très prochainement. « Le résultat de cette élection présidentielle est de plus incertaines. Qui sortira vainqueur? Selon les derniers sondages, 2 candidats se détachent… Sera-ce le candidat d’extrême droite pro-armes et climato-septique ou la jeune candidate néo-libérale qui souhaite interdire la mort avant l’âge de la retraite pour optimiser la productivité nationale? Ca y est! Les résultats officiels nous sont parvenus! Le nouveau président ou la nouvelle présidente des Etats-Unis de la république eeeest… une noix de coco avec un noeud papillon. » (pp 4-5). Etonnement cela peut être très rassurant. Mais faut-il tout de même pas s’inquiéter un minimum?

Heureusement que c’est placé dans la culture américaine. Au final, est-ce que cela peut changer tout parallèle avec notre gouvernement? On se doute bien que non. Marc Dubuisson est une personne d’une grande espièglerie. Il s’amuse de tout, donc aussi du sexisme ambiant. Quand un gars croit que le président est une noix de coco masculine, il n’hésite pas à dire : « Je le trouve posé, charismatique… Le type ne passe pas son temps à brasser du vent inutilement, il en impose par sa présence taciturne et énigmatique, il instille un silence pesant qui pousse à la réflexion et impressionne ses interlocuteurs. Pas de fioriture, que des actes. » (p.16). Quand son pote lui suggère que c’est éventuellement une nana : « je trouve qu’elle a pas des masses de conversation, finalement… et qu’elle tire un peu trop la gueule. » (p. 17). Une éloquence tellement réaliste que l’on rit de désespoir. D’autant plus qu’à cela se rajouter l’homophobie, la transphobie, le racisme…
Il faut pouvoir convaincre les citoyens avec un programme en béton. Surtout que les exigences sont bien là avec plus d’immigration et moins d’immigration, de l’impôt sur la fortune tout en ayant moins de taxes, plus de services public et moins de fonctionnaires. Bien entendu, il ne faut voir aucune contradiction. Qui a parlé de dissonance cognitive? Et les politiques sont des même acabit. D’un côté, ils remettent en cause son pouvoir et quand on leur propose un poste dans un ministère, ils y courent. Bien souvent les valeurs restent jusqu’à posséder un gros carnet d’adresses et le salaire exorbitant qui va avec. Et la politiquement correcte cela se travail. On ne dit pas : « Après, si on y réfléchit Hitler a pas fait QUE des trucs BIEN… » (p. 64) mais plus « je voulais dire, Hitler a pas fait que des trucs MOCHES! »(p. 65). Une subtilité langagière très lourde de sens. Attention, âme sensible s’abstenir car le bédéaste ne fait jamais dans la délicatesse.

N’oublions pas que l’écologie est aussi un thème à la mode. Par conséquent, il a son lot de détracteurs. Les climatosceptiques sont légions et s’accrochent à la diffusion de fakes news. « – Monsieur Glandul, vous êtes ministre de l’Ecologie et du Greenwashing et vous venez d’être distingué pour avoir réduit les émissions nationales de gaz à effet de serre de 80% en 2 ans. – C’est cela. – Comment avez-vous réussi cette véritable prouesse??? – Le président m’a donné carte blanche! J’ai donc, en collaboration avec le Ministre de l’Economie et du Renflouement des Banques, ordonné la délocalisation de toutes nos usines polluantes vers l’Extrême-Orient et l’importation de toutes nos marchandises de là-bas sur des cargos affrétés par des pays tiers, afin que les émissions tombent sur les bilans carbones des pays émergent! » (p. 82). Cela mérite bien de recevoir le prix Noël de l’écologie. Encore une fois, il pique là où cela fait mal. L’hypocrisie est un art qui se cultive et la communication est un outil incroyable pour ça.
Pour éviter que l’on puisse reprocher à des gouvernements l’inaction, ils inventent des pseudo programme couteux et peu concluant. Néanmoins dans le bilan, ils ont fait quelque chose. La com avant tout. « Dans le cadre du Programme d’Innovation pour une Nouvelle Economie… PlpuNE… le président a fait appel au cabinet conseil Puick & Clupke afin d’insuffler à notre république un nouvel élan dynamique qui devrait nous permettre de convaincre la population d’œuvrer de concert à la compétitivité du pays au niveau international. Ce programme fort consiste en 4 verbes simples : « Confectionner », « Contribuer », « Consommer » et « Continuer ». Nous avons décidé d’appeler ce programme : « la règle des CON ». » (pp. 74-75). Il n’est pas difficile de faire de faire des parallèles avec la réalité. Le créatif maîtrise l’absurde, l’impertinence, la provocation… et tout ça grâce à huit cases et des personnages bâtons. C’est court et d’une efficacité directe. On lit tout en riant de bon cœur. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir un tel talent de mise en récit. Le risque dorénavant est de voilà lire tout le travail de Marc Dubuisson et de le suivre sur les réseaux sociaux.
Vous aimez rire? Vous aimez l’absurde? La politique est pour vous un jeu hypocrite? Marc Dubuisson avec son président noix de coco est fait pour vous. Attention, vous risquez d’éclater de rire et plus d’une fois. Alors attention à où vous lisez.

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