
Le chat du rabbin est assez content de son sort. Surtout quand sa maîtresse lui donne des caresses. Mais en ayant la parole, sa destinée va changer.
4e de couverture
Le Chat du Rabbin, c’est Alger et le quartier juif au début du siècle. Celui qui regarde ce monde et qui raconte, c’est « Le Chat du Rabbin. » Tout de suite, il explique pourquoi le Rabbin n’a pas plutôt un chien : « ça fait tellement longtemps que les juifs se font mordre, courir après ou aboyer dessus que, finalement, ils préfèrent les chats. » Le chat mange le perroquet de Zlabya, la fille du Rabbin, et du coup, le voilà doté de la parole et exigeant de faire sa bar-mitzva. Les discussions vont être longues tant avec le Rabbin lui-même qu’avec le Rabbin du Rabbin. Ce chat, qui a une allure graphique à pleurer de rire, tantôt matou tendre amoureux de sa maîtresse, tantôt sournois filou, tient tête à tout le monde et ergote à n’en plus finir. Il ne se calme que dans la douceur des bras de sa maîtresse. Mais il lui est interdit de lui parler, alors il nous confie: « c’est la condition, si je veux rester avec elle. Ça vaut le coup de fermer sa gueule pour être heureux ». Ceci ne l’empêchera pas de se mettre sur la piste des étudiants qui fréquentent l’école du Rabbin, car l’un d’entre eux a le désir d’épouser la jolie Zlabya.

Mon avis
Le perroquet devenait assez insupportable à écoute. Un jour le chat a décidé d’en faire son casse-croûte. A sa grande surprise, le voilà qu’il parle. Le rabbin est vraiment surpris. Dommage que le félin aime le mensonge. Il le promet, il n’a pas manger l’oiseau malgré les plumes dans la gueule. En plus, il se considère comme un chat juif donc il doit faire sa barmitsva. Pour avoir un éclaircissement, le rabbin l’emmène à son maître. Joann Sfar nous propose une scène d’une grande cocasserie. Quand la raison doit faire face à la foi, forcément les arguments ne sont pas du même acabit. Le félin s’amuse à tourner en ridicule les raisonnements pour montrer souvent leurs limites. Par conséquent, le sachant se retourne contre lui en rappelant son statut de simple animal. Avec le rabbin, les voilà virés manu militari. Qu’importe ce qu’il se passe le religieux va former son compagnon à quatre pattes. Il pourra retrouver ainsi sa maîtresse. La condition est qu’il n’a pas le droit de lui parler. On ne sait jamais ce qu’il pourrait dire.
Pour la peine, il surveille les garçons qui font la cour à la belle. Ils tiennent des propos véhéments et violents contre les mécréants pour se faire bien voir du rabbin. Ils menacent les femmes qui osent ne pas porter de voile dans la rue. Elles deviennent alors impur. Pourtant, elles sont dans leurs fantasmes qui les incident à se masturber. Mais il faut cultiver l’apparence pour la respectabilité. On est plus à une contradiction de plus. Surtout que le plus intégriste n’hésite pas à aller au centre ville dans le quartier arabe voir des prostitués. L’hypocrisie est normal et acceptée par tous. Fais ce que je dis et ne fais pas ce que je fais. Toute cette critique acerbe se fait à travers le regard du chat. Le bédéaste s’amuse de ces faussetés qu’il connaît très bien pour avoir grandi dans un multiculturalisme. C’est amusant mais pas humiliant. Nous sommes assez séduit pour poursuivre pour connaître plus de rebondissements sur la vie du minou. Sa philosophie et son sarcasme méritent toute notre attention. Une belle leçon d’esprit critique. Les passionnées de minets seront séduits par la mise en avant de cet héros atypique qui mérite bien des représentations et des gros plans les plus divers et cocasses. Plus d’un voudrait l’avoir en compagnon.
Une bande dessinée qui se dévore d’une traite avec le sourire aux lèvres. On ne peut qu’admirer le talent de Joann Sfar.

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