
Du fait d’être femme, permet d’être stigmatiser et rejeter d’un groupe. Qu’on les brûle, qu’on les abuse où qu’on les exclut, elle reste un outil d’accusation de doute, d’incertitude et de déception. La figure de la sorcière reste à jamais moderne.
4e de couverture
» La chasse aux sorcières permet de cristalliser sur quelques individus une véritable peur sociale. La sorcière personnifie la notion de déviance par rapport aux normes. Pour parvenir à faire de la sorcière un objet de méfiance, il fallait susciter des sentiments violents, de haine, de mépris, de dégoût, de scandale. » Chantal Montellier y voit le parfait symbole de la féminité refusée, du droit à la différence bafoué. Et pas seulement au Moyen Age ! Sorcières mes sœurs est un recueil d’histoires courtes inédites en album, pour la plupart publiées dans le magazine A Suivre. Parmi les plus belles planches de l’auteur…

Mon avis
Ce recueil reprend les travaux publiés dans « A Suivre » au cours des années 1980 par Chantal Montellier. Auquel elle a ajouté quelques récits plus modernes en lien avec l’actualité comme le covid et la peur de la transmission de la maladie. C’est dommage que l’éditeur n’a pas ajouté une préface ou une préface présentant la bédéaste et le contexte de création entre les années 80 et 2006.
Le fil conducteur repose sur le mythe de la sorcière d’où le titre. D’ailleurs, dans les premières pages, on lit : « A Sohane Benziane, brûlée vive à Vitry le 4 octobre 2002, pour avoir été libre ». On peut y lire sur sa plaque commémorative : « À la mémoire de Sohane, morte brûlée vive. Pour que garçons et filles vivent mieux ensemble dans l’égalité et le respect. Sohane Benziane 1984-2002. » Pour appuyer les propos de la discrimination sexuelle, chaque récit est introduit par un extrait du livre « La Sorcière » de Jules Michelet. Qu’importe les périodes, les hommes trouvent toujours des prétextes pour rendre coupable les femmes. Ils ont été séduits. Ils ont été rejetés. Elles possèdent un savoir qu’ils n’ont pas. Elles forment une communauté solide. Pour reprendre la main et flatter son égo, il n’y a qu’une façon de faire : détruire son adversaire. Par conséquent, les méthodes ne changent pas. On les accuse de sorcellerie, de magie, de manipulation. Sans scrupule et avec l’aide de la foule, on brûle, on tue, on agresse, on violente, on exclut, on humilie. « La peur, la bêtise, le racisme, ont encore de beaux jours devant eux! Non? » (p. 78).
Malgré un dessin assez singulier. On y voit des pixels. Parfois, on a l’impression de voir une image d’un minitel en couleurs. C’est très abrupt, violent et c’est la marque de la bédéaste. Elle s’amuse avec quelques nuances de couleurs à droite et à gauche. Cela rend les choses plus sombres et complexes. Bien souvent, on voit des représentations maléfiques d’un autre temps. Pourtant, elles sont compréhensibles d’un seul regard. Qu’importe son âge ou ses origines, elles racontent toutes quelques choses. Grâce à la structure par histoire, on n’est pas obligé de tout lire d’un coup. On peut souffler, respirer à chaque fois. C’est une lecture assez lourde émotionnellement. C’est d’autant plus touchant que tout repose sur des faits réels, bien qu’ils soient mise en fiction. Le quotidien montre ce traitement injuste de nombreuses femme même de leurs homologues par jalousie bien souvent. Vous ne clôturez pas la bd le cœur léger; bien au contraire. Etes-vous prêt à une claque prise de conscience sur la haine et la discrimination?
Une lecture touchante qui ose mettre le doigt sur la violence trop ordinaire envers les femmes à travers les décennies.

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