Quand on est enfant et que l’on n’a pas de famille, quelles perspectives espérer? Aline fait de son mieux pour tenir dans l’école de la légion d’honneur. Grâce à son physique et cette école, un destin de femme au foyer l’attend.

4e de couverture
Une femme des années 50/60. Une orpheline recueillie, encline à la solitude, dressée par une institution religieuse stricte. Mariée jeune à un militaire elle part en Afrique pour suivre son époux et les péripéties s’enchaînent, croisant les périodes historiques et les lieux qui ont fait cette deuxième partie du XXe siècle. Aline, c’est son prénom, un peu perdue, s’appuie sur ses ressources et ses capacités pour faire face à la vie. Elle subit son existence avant de réagir puis de sombrer à nouveau. Qui pourra l’aider à s’en sortir ?

Mon avis
L’esprit contestataire de mai 1968 règne dans cet album. Ainsi qu’un féminisme tout aussi à propos pour cette époque. Un choix courageux et audacieux surtout avec à la plume Pierre Christin, un homme qui travaille avec Annie Goetzinger, aux dessins. Un duo mixte extrêmement rare à cette période Le 9e art était principalement un univers masculin aussi dans le métier que dans le lectorat. Dès les années 70, les femmes ont décidé de se lancer, de tenter leur chance coûte que coûte. Et Annie Goetzinger a fait partie de ces personnes courageuses qui ont prouvé que le talent ne se trouve dans les testicules. L’album a valu les foudre du patron de la Légion d’honneur qui a convoqué M. Dargaud dans ses bureaux. Quel culot de montrer une mauvaise image de leur institution et surtout dans une bd, un sous culture. Qu’importe l’ouvrage a été publié et même réédité.

Le scénariste nous propose de suivre la vie d’Aline de son adolescence à la vie adulte. Elle perd sa famille et sa tante n’a pas les moyens de l’élever convenablement. Grâce au passé militaire de son père, elle peut être recueilli à l’école des demoiselles de la Légion d’honneur. Un endroit où doit briller la connaissance et l’obéissance. Pas le droit de parler, de partager, de rire… Aucune possibilité de développer sa personnalité. Grâce à sa meilleure amie, elle fera la rencontre vers 18 ans d’un homme, un militaire. Elle se laisse charmer assez facilement. Quand on ne connaît rien à la vie, on est flatté de petites attentions. Elle va l’épouser et faire tout ce qu’il lui dira de faire. L’épanouissement n’est pas là. Pourquoi devrait-il y être? Elle doit tenir sa posture sociale et maîtriser l’art de la plante verte. Quand son mari manigance des activités politiques à la limite de la légalité, elle ne sait rien. On ne lui dit rien et ne cherche pas à comprendre. On sent la famille bourgeoise, coincée, étriquée d’esprit et revendiquant fièrement la discrimination, la haine et le racisme. Les idées extrémistes, courantes et ordinaires pour l’équipe l’amène à aller en Afrique et être gravement blessé. Elle sera soignée par des autochtones. A partir de là, Aline vivra des aventures plus incroyables les unes des autres sans pour autant développer son esprit critique ou son insertion dans un mouvement féministe. Au gré des rencontres principalement masculine, elle peut voguer d’un pays à l’autre pour revenir sur ces premiers pas. De ces yeux, elle a vu des mouvements révolutionnaire naître, s’imposer et exploser.

« Mes souvenirs, mes vrais souvenirs de femme, je veux dire, il me semble qu’ils commencent devant cette porte. Celle de la maison d’éducation des Demoiselles de la Légion d’Honneur. C’est là qu’on m’a conduite par un froid matin d’automne. Et c’est là que pour la première fois, j’ai pensé à ma vie. Que, pour la première fois, j’ai tenté d’imaginer ce que serait l’avenir. A vrai dire, je n’ai rien vu, rien vu du tout…
La porte s’est refermée sur l’extérieur. Et moi, je me suis retrouvée à l’intérieur. »

Par contre, on s’étonne des sujets abordés. Parler d’excision en soulignant la douleur et la souffrance engendré par la femme est brave. Sans oublier de souligner que c’est fait pour le plaisir de monsieur et que c’est une pression sociale. Si tu ne le fais pas, tu ne pourras pas te marier et ne pas être une femme respectable. On voit aussi qu’une femme ne peut exister que sous la responsable d’un homme qu’il soit son père ou son mari. Aucune possibilité de position sociale n’est sinon acceptable. Puis les choses changent et au final, elle peut choisir de vivre seule avec une fortune et son fils à ces côtés. Se sont ces informations qui prédominent sur le reste. On ne s’attache pas vraiment à Aline qui nous semble assez quelconque, fade et sans personnalité. Un choix assez inhabituel que l’on trouve assez rarement en bande dessinée, qu’importe l’époque. Le dessin d’Annie Goetzinger rappelle celui au début d’Enki Bilal comme dans « Légendes d’aujourd’hui ». Par contre, les expressions des visages sont souvent vides, comme figé dans le marbre et moins vivant que de nombreux masques mortuaires. C’est déstabilisant et à la fois intriguant pour poursuivre la découverte de la dessinatrice, récemment décédé. Une icône à son époque qui a su montrer sa témérité.

Les allers-retours constant entre la grande Histoire et la vie d’Alice se font naturellement et montre comment les choses s’influencent. Le changement s’est toujours sur le long terme.

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