
Florian veut vraiment devenir agriculteur bio. Mais son chemin est plus long que prévu. Pour y arriver, il fera tout son possible.
4e de couverture
2000. Bien qu’Anne soit enceinte, Florian ne lâche pas son rêve : suivre l’appel de la terre et monter une ferme en agriculture biologique. Mais c’est là que les ennuis commencent… son père, président de la plus grosse coopérative de la région, heurté dans ses valeurs (la défense de l’agriculture intensive) ne compte pas lui faciliter les choses. De leur côté, les banques sont réticentes à le financer, ne prenant pas le bio très au sérieux. Cela sera-t-il suffisant pour faire reculer Florian, bien décidé à changer de vie pour changer le monde ?

Mon avis
Il est bien rare que le sujet du bio dans l’agriculture soit abordé dans le 9e art. Fabien Rodhain décide de consacrer une série entière au sujet avec « Les seigneurs de la Terre ». Dans le premier tome, le contexte est posé avec les personnages récurrents. Nous retrouvons Florian en rupture avec son père. L’un défend fermement l’agriculture écologique et l’autre l’agriculture intensive. Impossible réconciliation. Pour la peine, le fils va se former pour avoir le droit d’avoir la gestion d’une terre et aussi un prêt. Quelque chose de difficile à obtenir des financements : « Désolé, mais je vous prenais pour un de ces bobos… Si vous savez… ces gars de la ville qui se réveillent un matin avec la révélation suprême : « Demain, j’arrête de bouffer des cheeseburgers et je vais élever des chèvres en Ardèche »… ». Son nom ne lui permettra pas d’avantages.
Surtout que son cousin qui le jalouse en profite pour occuper sa place auprès de son père. « Je ne le suis pas. Que trouve-t-il dans cette approche bio? On ne va quand même pas retourner à l’âge de pierre! Si notre agriculture est si performante, c’est au progrès que nous le devons! Alors quand on voit ce José Bové et ses destructeurs de champs d’expérimentation… ça fait peur! ».
Son épouse avec leur jeune enfant le suivent dans son aventure à contre coeur. La technologie a permis la naissance de l’enfant. La question de la nature se pose. « N’empêche que sans nos technologies… dans les maternité comme dans les champs ». L’agriculture bio est très exigeante et demande un investissement de tout moment. Un coup de froid ou un insecte et toute une récolte est perdue. Il ne peut pas tout avoir et il le saura très vite. Cette expérience, il peut la faire grâce au directeur de l’école qu’il a fréquenter. Sa petite fille se renverse une tasse de chocolat bouillante sur son corps. La goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le divorce se profile et aussi la possible vérité sur la paternité de l’enfant. Si ce n’est pas sa fille, il la reniera. Une attitude déplorable, car l’amour ne doit pas être lié à la génétique.
Même si le scénario traîne parfois ici ou là pour correspondre au format classique de 48 pages. Par conséquent, le récit est parfois bridée pour faire une série. Par chance, on trouve des éléments qui étaye le discours du bio. Il n’hésite pas à faire des remarques très acérées. C’est difficile de faire changer un modèle qui est encré depuis si longtemps dans la société et qui est soutenu par le gouvernement. « Je sais bien que tu as raison… que les américains nous imposent leurs produits, en échange de leur plan Marshall. Mais toi-même, tu l’as déjà reconnu : avec toute cette technologie… Le travail est bien moins pénible qu’avant, pas vrai? Nous sommes en 1960, que diable comment reprocher à notre joie de vivre avec son temps? ».
C’est normal que ceux qui représentent les agriculteurs n’acceptent pas qu’on leur suggère de faire autrement. « Je me contrefous du sens de l’histoire, je défends un système de valeurs… Depuis la nuit des temps, nous permettons aux gens de se nourrir. Si nous cautionnons ce truc, cela signifie qu’on faisait quoi, avant de la merde? Qu’on les empoisonnait? ». Sans oublier, qu’il y a un modèle économique rentable là-dessous. « – Augmenter nos ventes d’intrants… t’en as de bonnes, toi! – Il a raison… Tu as v la pression sociétale sur les phytos? – Je sais… Mais si vous voulez garder au moins le même salaire, vous n’avez pas le choix : vous aurez désormais une part variable, indexée sur vos ventes. Et puis les producteurs de phytos ont eu une idée de génie… On va parler d’agriculture raisonnée. » Au final ce qui change c’est la terminologie. Ainsi l’illusion fonctionne grâce à la communication. Dans une note de bas de page, on y lit une explication « Démarche franco-française créée en 2002, qui dit « viser à maîtriser l’impact de l’activité de production agricole sur l’environnement », sans établir de normes maximales… Ses soutiens les plus actifs étant les principaux partenaires de l’agriculture intensive (FNSEA, Auchan, Monsanto, BASF, Bayer…). » Un fait bien réel qui se voit encore de nos jours bien que la bande dessinée date de 2016.
Et on trouve une petite évocation de la permaculture. « – Il a oublié d’être con le petit jeune! – De simples principes de permaculture. J’ai acheté un bouquin. ». Cela s’accompagne de variation dans les plantations. Ce n’était pas grand chose mais c’est présent tout de même. Les alternatives existent grâce à des portes paroles qui tentent d’expliquer partout. « – L’être humain ne peut se passer de la nature. La nature peut se passer de l’être humain. Cette évidence devrait éclaire l’espèce humaine, et inspirer sa posture majeure. – Merci Jean-Marie. Pierre… Quelques mots sur votre fameuse « sobriété heureuse »? – Face au « toujours plus » qui ruine la planète au profit d’une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre et de l’humain. » La figure de Pierre Rabhi est une référence. Et il a la particularité d’avoir mis en application ces principes aussi bien en France qu’en Afrique.
Une lecture assez originale qui ose parler d’agriculture et surtout du conflit entre la traditionnelle et la biologique.

Laisser un commentaire