La bande dessinée peut être aussi secoué pour inventer de nouvelles formes d’expression. L’oulipo la pousse dans ces retranchements de la créativité. Etienne Lécroart le prouve dans un album très personnel.

4e de couverture
Itération iconique, algorithme de Mathews, zeugmes et acrostiches… Bienvenue dans l’univers aussi rigoureux que décalé, tant mathématique que littéraire de l’Oubapo, l’Ouvroir de bande dessinée potentielle, pendant dessiné de l’illustre Oulipo. Et cette fois-ci, c’est Étienne Lécroart, membre de l’Oulipo et de l’Oubapo, roi de la contrainte à double-sens et virtuose des exercices de style décapants, qui est de retour pour un nouvel o(u)pus pas piqué des vers.
Du comptoir de bar à la plage en passant par le confessionnal, les personnages du dessinateur palabrent avec franchise dans des logo-rallyes alphabétiques ou les mots défilent à toute berzingue. Les schémas succèdent aux cases tandis que Jacques Roubaud ou Georges Perec – pour ne citer qu’eux – se font tailler le portrait en creux.

Avec ce recueil, qui réunit des bandes dessinées réalisées pour des lectures et des publications de l’Oulipo, Étienne Lécroart fait feu de tout bois pour faire sortir la bande dessinée de ses gonds !

Mon avis
L’oulipo a permis vraiment d’être plus audacieux aussi bien dans la forme que le fond des récits en texte. Lewis Trondheim et une partie de ses amis se sont dit pourquoi ne pas faire une réflexion similaire dans la bande dessinée. C’est ainsi que naquit l’Oupabo avec comme membre du mouvement Etienne Lécroart. On n’est pas surpris de ce choix créatif quand on connaît ses publications comme « Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ? » ou « Petit manuel d’humour en toute circonstance ». L’esprit de rébellion est bien vivant en lui. Pourquoi ne pas s’amuser avec son support de prédilection. Comme de bien normal, il réalise un album autour de plusieurs contraintes. Il est bien conscient de s’adresser à des néophytes donc nous avons le droit à la présentation des exercices de style comme les zeugmes dessinées, les portraits numériques, les logos-rallyes alphabétiques dessinés, l’épicène… On se rend vite compte de la difficulté à chaque histoire. Quelle belle façon de faire fonctionner de faire fonctionner son intellect. Surtout quand on choisit de prendre les mots qui se suivent dans le dictionnaire. Là il faut trouver vraiment les liens de cohérence. Se sont de parfait exercice qui pourraient très bien se vendre dans les entreprises qui cherchent à innover, à penser de côté. Rien de tel pour être en zone d’incertitude et d’inconfort et inciter à réfléchir ensemble. On pourrait le prendre comme un cahier d’exemples et d’inspiration. Bien entendu, les références sexuelles et salaces sont éventuellement réservés à un public averti, même si l’on s’adresse à des adultes. Sinon, c’est une bande dessinée qui se lit en butinant car cela demande de la concentration et de prendre le temps de lire pour bien comprendre et savourer.

Un ouvrage audacieux, complexe et bien entendu très loufoque.

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