Les enjeux écologiques concernent également la culture. C’est un sujet dont s’empare les artistes aussi dans leur démarche de fond que de forme. Julie Sermon propose d’en faire une analyse pointue et passionnée.

4e de couverture
Depuis une dizaine d’années, la prise de conscience des enjeux écologiques semble exercer une influence grandissante sur l’ensemble de la sphère politique, ayant notamment conduit à la restructuration des débats publics ou à la création de nouveaux partis politiques. Cependant, le politique est-il rééllement le seul domaine à prendre en charge ces nouveaux questionnements ? Dans cet essai, Julie Sermon interroge l’influence nouvelle exercée par les enjeux environnementaux sur le domaine des arts vivants et analyse les effets de ces imbrications sur l’écriture, le jeu, la production, et la représentation de spectacles contemporains. À travers plusieurs exemples précis, l’autrice étudie les articulations qui lient les champs de écologie et des arts de la scène, tant sur le plan thématique (l’écologie devient le thème central d’un grand nombre de spectacles), esthétique (l’écologie est souvent perçue comme forme d’exploration symbolique), ou encore pragmatique (la prise de conscience des enjeux écologiques modifie la manière de créer et produire des spectacles). Morts ou vifs s’inscrit dans la lignée de l’écocritique, une approche théorique transdisciplinaire ayant vu le jour dans la sphère académique anglo-saxonne dans les années 1980, qui vise notamment à renouveler le cadre d’analyse des œuvres produites en problématisant leurs liens avec l’écologie. En envisageant les arts de la scène à la fois comme une pratique sociale et une expérience artistique, l’essai de Julie Sermon se présente comme un point d’accroche permettant de générer des débats et des discussions.

Mon avis
Julie Sermon est professeure en histoire et esthétique du théâtre contemporain à l’université de Lyon 2. Depuis 2017, elle explore les relations entre les arts de la scène et l’écologie. Cette recherche a mené à la publication de ce texte par B42. On sent la passion du sujet qu’elle sonde avec rigueur et connaissance. Son ouvrage se compose de deux parties bien distinctes : Perspectives écocritiques dans, par et pour le champ des arts vivants et Art de la scène et écologie : focus. On tourne les pages avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. C’est doublement captivant quand on s’intéresse aussi à l’art écologique et la bd écologique. Ainsi on voit les choses avec un regard encore plus critique. Le souci est que l’on prend de nombreuses notes et de références. On ne peut guère s’arrêter en si bon chemin. Notre cerveau est titillé pour aller plus loin avec des articles et des livres très fiables.

« Par les récits qu’ils donnent à entendre ; les êtres, les corps et les relations qu’ils mettent en jeu ; les espaces-temps sensibles auxquels ils donnent forme ; les pratiques qu’ils mettent en œuvre ; les expériences à la fois intimes et collectives qu’ils autorisent, les arts vivants peuvent contribuer, de manière intentionnelle ou plus diffuse, à inquiéter et/ou renouveler le champ de nos perceptions, de nos représentations et de nos imaginations. » (p. 66)

Pourquoi les différents rapports alarmants sur l’environnement ne pourrait pas toucher les artistes? Pourquoi ne pourraient-ils pas eux-aussi faire de l’écocritique? Le théâtre et la danse s’approprient les thèmes pour une approche aussi bien sur le fond que la forme. Faut-il qu’un spectacle se déplace à l’étranger? Doit-il avoir beaucoup de décors? Ne peut-on pas donner une autre vie aux décors? Comment parler de la communication des plantes? de l’ère de l’antropos? les limites planétaires? Les créativités collectives et individuelles réfléchissent aussi à ces préoccupations que cela soit aux Etats-Unis, en Angleterre ou en France. Des réflexions très bien amenées et analysées sous l’oeil critique des experts en écologie, écosophie, écrocritique, écopoésie… Aucun doute que le livre se garde dans notre bibliothèque pour une relecture ultérieure et pourquoi pas le prêter aux bonnes personnes.

Un ouvrage qui se dévore d’une traite. Qu’il est plaisant de lire des essais avec une auteure passionnée.

Laisser un commentaire