L’Institut du monde arabe accueille jusqu’au 31 août une exposition amenant au voyage avec un hommage à l’Orient Express. Tout comme plus de 200 000 visiteurs, je suis allée à la découverte d’un univers qui a bercé mon imaginaire.
Lorsqu’on arrive on voit apparaître au loin des wagons et on entend aussi un bruit au loin. La locomotive de 1922, en état de marche, est mise un peu à côté et produit des sons évoquant de nombreux films d’aventures. Beaucoup de gens s’arrêtent et restent admiratifs de cette machinerie imposante que l’on rencontre assez rarement. Elle a connu son heure de gloire, il y a quarante ans avec le tournage « Le crime de l’Orient Express » de Sidney Lumet, inspiré du roman d’Agatha Christie.
Dans l’espace, juste en face, trois locomotives classées monuments historiques. La première, de 1929, est celle nommée « La Flèche d’Or », tout de bleu vêtue. Une scénographie très imaginative a été mise en place pour faire croire que les passagers venaient juste de descendre en laissant leurs affaires en place. Une impression de temps figé se fait tout de suite le tout accompagné des sublimes verreries de René Lalique inspirées des Naïades. En plus, des éléments informatifs sont rajoutées de façon très élégante.
Sur les tables se trouvent des objets qui auraient pu figurer dans la période de circulation du train et aussi ceux qui font partie de la construction de la renommée du train. On trouve la pipe d’Hercule Poirot, du champagne Mum, le monogramme de l’Orient Express sur les nappes… Des petits cartels donnent des explications sur des personnalités ayant utilisé le train comme Pierre Lotti, Joséphine Baker, Agatha Christie…
Le voyage se poursuit dans une voiture-lit de 1949, plaquée d’acajou verni où l’on peut voir les chambres simples ou doubles où ont dormi aussi bien Mata-hari que James Bond (Bon Baisers de Russie, 1963 avec Sean Connery). Dans le dernier espace, repose un corps légèrement ensanglanté qui a subi douze coups de couteaux. Mais heureusement, Hercule Poirot va aider à résoudre cet étrange meurtre. L’espace dans le couloir est très restreint et les photos interdites pour éviter de boucher la circulation.
Le visiteur qui est accompagné d’un »guide » donne quelques explications très brèves. Les petits groupes de 15 personnes ainsi amené par une personne du musée dynamise l’avancée des visiteurs et permet de désengorgé la fille d’attente pour faire l’exposition. C’est une belle trouvaille de gestion du public à la fin intelligente et pratique.
Et le dernier wagon est une voiture bar où l’on peut admirer des bouquets de fleurs de René Lalique où les feuilles sont incrustées d’argent.
Un dernier wagon est visible mais il est privatisé par un grand restaurateur.
La visite des wagons est terminée, la suite de l’exposition se poursuit dans deux salles au sein du musée.
Georges Nagelmackers (1845 – 1905), fils d’un banquier belge, est envoyé en décembre 1867 aux Etats-Unis pour qu’il oublie sa cousine dont il était tombé amoureux. C’est lors d’un voyage en train dans les nouvelles voitures Pullman qui proposent dortoir, salon et restaurant avec en plus du confort et luxe que lui vient l’idée de transposer cela aux transports européens. Malgré de très nombreux obstacles (politique, technique et financier), il crée en 1876, la Compagnie International des Wagons-lits (CIWL) dont le parc de voitures ne cesse de croître.
Le succès va être du à beaucoup de choses : moins de correspondances, beaucoup de confort, du luxe, peu d’occupants, commodité, eau-chaude, des compartiments privatifs qui peuvent se transformer en chambre et être fermé à clé, un espace bar, des animations….
Le premier express international relit Paris et Vienne.
En 1883, il lance l’Orient Express qui relie Paris à Constantinople en 4 jours. Le premier trajet se fait le 4 octobre 1883 en présence exclusive de journalistes, d’écrivains et de personnalités exclusivement masculine à qui est demandé de venir armé. Edmond About (L’homme à l’oreille cassée) et Georges Boyer, journaliste du Figaro ont effectué ce voyage dont ils sont revenus émerveillé. Toutefois, deux femmes ont profité d’un arrêt en gare de Vienne pour s’infiltrer dans le train. Ainsi la femme et la soeur de l’administrateur des chemins de fer furent les premières passagères. Le train va traverser cinq pays (France, Empire allemand, Empire austro-hongrois, la Bulgarie et la Roumanie) pour s’arrêter à Varna, sur la mer noire puis il fallait prendre un bateau jusqu’à Constantinople. La ligne directe n’a été établie qu’en 1889.
Il existe quelques histoires cocasses dans l’histoire de ces trains de luxes. L’Orient Express est attaqué en 1891 à 60 kilomètres d’Istanbul. La ligne a été sabotée par Anastasios et ces soldats qui réclament une somme de 200 000 francs or pour libérer le train. Le montant va être payé et les coupables jamais attrapées. Pour dédommager les voyageurs, on leur a donné cinq souverains or. Il y a aussi le roi Ferdinand de Bulgarie qui adorait conduire le train de façon très dangereuse, en ne prenant pas en compte les voyageurs. Où encore en 1907, un Maharadja qui doit se rendre à Londres pour une conférence diplomatique, accompagné de ces conseillers, de ces épouses et de ces concubines, monopolise la moitié du train. Pour l’occasion, le train avait été redécorée dans un style plus orientale. Par malchance, le système de chauffage tombe en panne suite au fait qu’il a été surchauffé pour le confort des femmes en sari. Puis, le Maharadja exige de manger de l’agneau, viande non disponible à bord. Le train a alors fait un arrêt pour trouver un boucher qui vendrait ce qui a été demandé. Pour remercier le personnel, l’homme va leur offrir des diamants.
Sa popularité ne cesse d’augmenter grâce à l’exposition universelle de 1900. Georges Nagelmackers est un excellent communiquant et met en place des campagnes de communication, diffuse des produits dérivés avec des brochures, des étiquettes…. comme peut le faire Pullman aux Etats-Unis. La littérature et le cinéma contribue grandement à sa réputation auprès de tous le monde, quelque soit le statut social.
La première ligne de traction à vapeur date de 1825 en Grande-Bretagne. On constate peu d’évolution dans le fonctionnement mais se développe les performances de vitesse, de tractage, en surface de chauffe… Georges Nagelmackers travaille sur les systèmes de suspension pour permettre aux voyeurs d’être vraiment dans un grand confort où que soit le train. En 1889, un système de soufflet permet de traverser l’ensemble du train sans risque et sans rencontrer les affres climatiques. Puis 1919, le creusement du tunnel du Simplon sous les Alpes a permis d’aller jusqu’à Istanbul en passant par Venise, Zagreb et Sophia. Le train change de nom alors pour Simplon Orient Express. Le confort et le luxe à l’intérieur du train se développe. En 1922, les trains sont maintenant totalement en acier alors qu’avant ils étaient en teck, permettant ainsi plus de poids, plus de solidité et plus de confort.
Les voyages incitent une population assez riche à assouvir un rêve d’exotisme en allant vers l’orient. Il fallait compter pour un allé simple Paris – Istanbul coûtait environ 25 000€. La mode au XIXème siècle se veut vers l’exotisme avec des idées d’harems, de bazars, de mosquées, de chaleur, d’érotisme… On découvre des récits de voyageurs, des photographies de Nadar, d’Albert Khan, des romans de Chateaubriand, de Victor Hugo, d’Herman Hess…. Le fantasmes des odalisques est présent. Dans l’imaginaire, se sont des maîtresses du sultan alors qu’originellement se sont des esclaves au service des femmes du harem. Ces représentations contribue à l’érotisation des femmes. Mais la déception est réelle quand les touristes découvrent des femmes voilés dans la ville.
A partir de 1840, les premiers guides de voyages apparaissent. Ainsi on découvre le Guide Murray en anglais, le guide Baedeker en allemand et le guide Joanne en français avec en auteur Pierre Loti ou Théophile Gautier.

Ce n’est qu’à partir de 1856 que les trains peuvent se rendre en terres ottomans. D’ailleurs, ce fut l’Egypte, le premier pays arabe à avoir développé son réseau notamment avec la gare d’Alexandrie et du Caire. En 1924, Constantinople devient Istanbul où l’on peut trouver deux gares. La gare d’Orient Express qui se nomme Sirkaci sur la rive européenne où débarque des touristes occidentaux. Ceux qui souhaitent continuer la traverser passe par le Bosphore en bateau pour rejoindre la gare de Haydarpasha, pour aller vers l’Asie et l’orient arabe. Le tout relié en train de luxe à partir de 1930, grâce au Taurus Express. A la gare d’Alep, une partie des voitures part trois fois par semaine vers Baghdad et Téhéran et l’autre deux dois par semaine à Mayak (pour Damas et Beyrouth), à Tripoli et au Liban. La ligne jusqu’à Haïfa n’ayant été achevée qu’en 1942, la jonction est assuré par un service automobile avec un parc Rolls Royce.
Mais ces voyages imposent des pauses et on ne trouve pas d’hôtels de grands luxes dans ces villes. Alors la CIWL fonde en 1894 la Compagnie Internationale des Grands Hôtels, créant ainsi la première chaîne internationale d’hôtels de luxe. Par exemple, le Perra Palace ou le Therapia Summer Palace sont parmi les premiers établis avec une très haute qualité de services avec par exemple de l’eau courante, de l’eau chaude et surtout de l’électricité.
Le tourisme va se développer avec l’agence Cook & Son qui propose des offres de voyages dans le Moyen-Orient et en Egypte. Il va d’ailleurs s’associé à la CIWL et crée Wagons lits/Cook en 1930.
Le réseau unifié vers l’orient va s’arrêter après la seconde guerre mondiale à cause des conflits israëlo-arabe, de la guerre au Liban et de celle en Syrie.

La sublime muséographie met en valeur énormément de choses pour rendre hommage aux trains. On découvre dès l’entrée deux peintures du musée d’Orsay avec une peinture de Derain avec Pont de Charing Cross, Londres et Vue de la gare du Luxembourg à Bruxelles d’Ottmann. D’autres peintures, seront présentes dans le second espaces plus en rapport à l’orientalisme et la construction d’un imaginaire.
Les vitrines où s’exposent les affiches, les photos, mobiliers de trains… sont sous forme de mâles géantes avec des rivets comme celle de chez Vuitton et selon l’espace le tissus imitation cuir est de différentes couleurs. Autour de ces malles au premier étage, douze écrans diffusant une histoire simplifié et imagé des trains de la compagnie CIWL.

Ce symbole de la révolution industrielle à bien changer de nos jours, même si les trains de luxe circule toujours. La SNCF possède maintenant ces trains particuliers et souhaite réinventer la croisière de luxe d’ici 2020. Elle a financé l’exposition pour un montant de 2,5 millions €. En effet, la SNCF a déposé la marque Orient Express en 1977 et a racheté au groupe Accor plusieurs voitures classées. Une belle vitrine de communication pour développer un projet d’envergure. En effet, la restauration serait gérée par Yannick Allano, la mallerie par Moynat et la litterie par Cauval.
Une exposition qui fait appel à la nostalgie de ces époques où tout paraissait possible d’où ce nombre incroyable de visiteurs. Un bien sympathique voyage dans ces wagons magnifiques car je n’aurais jamais le budget pour monter dans un vrai Orient Express et partir à la découverte du monde. Sympathique moment de ballade un peu confuse quand même car pas de sens de visite et quelques fautes d’orthographe en plus du manque de d’explications.
Les +
– Sujet original
– Magnifique affiche
– Sublime muséographie
Les –
– Le prix que je trouve cher 10,50€
– Le fait que si on prend son billet à l’avance, c’est majoré de 2€
– Les horaires des visites guidées en horaires de pointe (15h00 et 16h00)
– Le manque d’information
– Dommage que l’apparence a été privilégiée au contenu
– Pas de sens de visite
– Beaucoup de redite dans les explications
L’avis de Plaisir à cultiver
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