Comment j’ai vidé la maison de mes parents – Lydia Flem

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Vider, quel mot sinistre, il résonne mal, évoque immédiatement l’idée de piller une tombe, de dérober des secrets au royaume des morts – la malédiction des pyramides -, donne la sensation de ressembler à des rapaces, des détrousseurs de cadavres.

Le passage d’une génération à l’autre – l’une monte, l’autre descend ; « le roi est mort, vive le roi » – n’est pas sans lien avec le meurtre symbolique. Chacun de nous, et pas seulement en rêve, tue son parent et même ses deux parents, puisqu’il leur survit.
Révoltant, mais dans le cours des choses : ceux qui nous ont vus naître, nous les voyons mourir, et ceux que nous mettons au monde nous enterreront. Nous n’avons pas connu l’enfance et la jeunesse de nos parents, ils ne connaîtront pas celles de nos enfants. Nous naissons dans notre famille d’origine, mourons dans celle que nous avons crée.

Vider, c’est aussi faire le vide en soi : se dévoiler, s’abandonner, se démasquer. 

Au contraire, on faisait comme si nous étions une petite famille sans histoire : papa, maman, la bonne et mois, alors que c’était : Hitler, Staline, l’Histoire et nous. 

Retrouver un morceau de papier couvert de leurs calligraphies réveillait la nostalgie. L’écriture, comme la voix, est une émanation du corps. Mais la voix s’éteint, la graphie reste. 

Dit-on assez aux enfants des survivants de génocide, du Rwanda, du Cambodge, d’Arménie ou d’ailleurs, qu’il faut du temps au temps pour que leurs morts deviennent des morts, et les survivants, des vivants parmi les vivants?

Les objets doivent circuler. Ils vivront longtemps après nous ou disparaîtront, fanés, déchus, sans que personne ne les pleure. Ils n’appartiennent à personne en propre, ils nous sont confiés pour un temps. Leur ronde doit se poursuivre. A chacun son tour d’en jouir. 

Mais que faire des portraits de famille dont on avait oublié les protagonistes, qui demeuraient sans noms au fond d’un carton, orphelins non pas d’ascendants mais de descendants capables de les nommer (sans doute est-ce le sort qui nous attend tous), dont personne ne pourrait désormais noter à l’envers de la photographie pâlie le petit nom par lequel ils étaient connus?

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4ème de couverture
Lydia Flem raconte comment elle a vidé la maison de ses parents. Pour chaque objet, chaque meuble, chaque vêtement, chaque papier, il n’y avait que quatre directions, comme à la croisée des chemins la rose des vents : garder, offrir, vendre ou jeter.Cette épreuve, qui arrive à chacun de nous (ne devient-on pas orphelin à tout âge ?) est ici l’occasion d’un livre bouleversant, écrit avec sensibilité, humour et sans tabou.
A l’écart de tout dolorisme, un livre au ton juste qui formule avec autant de lucidité que de tendresse « des sentiments inavouables ».
Ce livre est destiné à un large public. Son meilleur « argument de présentation » est sans doute simplement son titre. Chacun s’y retrouve à sa manière. Il ne s’agit ni d’une théorie du deuil, ni d’une analyse, mais d’un témoignage personnel en forme de récit.
Les choses d’une maison occupent dans l’imaginaire de ceux qui les gardent une place singulière. Ils sont les lieux de souvenir où se nouent des instants de bonheur, des moments de conflit. Ce livre est aussi une traversée du monde des choses de l’enfance, des objets perdus et retrouvés….

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Ce livre me faisait de l’oeil depuis un moment chez mon libraire et un jour, j’ai cédé à la tentation de l’appel secret. Quel heureux bonheur de l’avoir découvert. Le sujet m’a beaucoup touché. Lorsque nos parents décèdent il reste la maison. Celle avec leurs souvenirs, les nôtres et tous ces objets remplis d’histoire et d’espoir. Comment les voir ailleurs que là, cet endroit où on les a toujours connu. On ne peut pas tout ramener chez soi. Mais que faire? Une vague d’émotions arrivent et il est bien difficile de la gérer. On se retrouve face à une solitude bien difficile à gérer.

En plus, l’auteur apprend plus sur le passé de ces parents qui ont été déporté pendant la seconde guerre mondiale. Un secret qui le devient moins à la découverte de lettre, de vêtement, d’arbre généalogique… mais une souffrance secrète s’opère dans son coeur. Une histoire qui rend plus fort ou plus faible? Le futur lui dira.

Cela m’a fait penser à ma famille, à ces objets que ma mère collectionne et qui remplissent trop la maison. Elle me raconte encore et encore leurs histoires que cela soit la gamelle de mon grand-père lorsqu’il allait à l’usine ou la photo de l’arrière grand-mère. Peut-être devrais-je faire un livre de souvenirs des objets. Pourquoi pas. Que faire de tous cela? Comment en parler à mes parents? Devrait-il nous donner déjà quelques objets comme si ils nous les prédestinaient? Une lecture qui m’a chamboulé.

Ce qu’en dit la presse
Le Monde des livres : Le charme, l’humour, la malice. Bref, la vie même.

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