Ainsi naissent les fantômes – Lisa Tuttle

Ainsi_naissent_les_fantomes_Folio_SF_lisa-tuttleTitre : Ainsi naissent les fantômes
Auteur : Lisa Tuttle
Traductrice : Mélanie Fazi
Genre : Nouvelles
Edition : Folio
Collection : Folio Sf
Numéro : 488
Nombre pages : 320
Publication : 27 mai 2014
Prix : Grand Prix de l’Imaginaire en 2012
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4ème de couverture
Une petite fille séquestrée par un pervers parvient à lui échapper, mais personne ne la croit. Pour enfin parvenir à écrire, une femme s’aménage un bureau dans une pièce qui n’existe pas. Une génération entière d’enfants est dans l’incapacité d’apprendre à parler. Un homme féru d’alchimie fait un bébé d’un genre particulier à sa maîtresse. Une gravure mystérieuse semble surgie de nulle part. Sans trop savoir pourquoi, une étrange jeune femme, obnubilée par les dragons, refuse de se rendre en Angleterre. Une dame de quatre-vingt-seize ans se meurt paisiblement sur un lit d’hôpital à Houston, en pensant à son bon ami, le vieux M. Boudreaux.

Capture d’écran 2014-12-29 à 18.51.27La science-fiction et les femmes peuvent paraitre comme deux choses complètement opposées. Toutefois, la lecture du recueil Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle traduit par Mélanie Fazi, va vous convaincre que le talent ne réside pas dans l’identité sexuelle mais la capacité d’imagination et d’écriture. Prêt pour aller à la découverte d’un livre qui ne pourra vous laisser indifférent?

Mélanie Fazi est une traductrice un peu particulière car elle ne se contente pas juste d’adapter une histoire dans une autre langue. Elle déniche des talents, des pépites afin de les faire découvrir à tous. Ainsi, elle a choisi sept nouvelles de Lisa Tuttle, qui a travaillé avec George R. R. Martin. Sept histoires qui comment de façon assez banale puis petit à petit, l’auteure nous emmène entre quelques mots dans des univers riches et étranges où rien n’est interdit. Une seule certitude, on ne peut pas rester insensible à la beauté comme à l’horreur.

Ainsi dans Rêves captifs, on suit l’échappé d’une jeune fille enlevée et séquestrée. Mais sa fuite est-elle réelle ou imaginaire? Dans La Fiancée du Dragon, on peut réfléchir sur la valeur d’un héritage et les pulsions sexuelles qui peuvent habiter notre corps. Le Remède pousse à se demander qu’elles sont les sacrifices que l’on peut faire pour avoir la santé. Qu’elle peut être la valeur du langage et de l’échange verbal si en contrepartie vous avez la certitude de plus jamais être malade? Comment construire et avancer avec les gens qui entourent sans mots et écriture? L’heure en plus interroge notre rapport au temps et à l’espace et aux sacrifices que l’on peut faire par amour. Mezzo-Tinto nous emmène dans un tableau intriguant et surprenant de lumière et de noirceur. Ma Pathologie, raconte à la fois une histoire d’amour, de maternité et pierre philosophale. A quel renoncement peut-on faire juste pour de la tendresse et de l’attention? Et pour finir, Le vieux M. Boudreaux à la fois étrange et très attachant qui réveille en nous une envie de confort et de bien-être.

Ainsi naissent les fantômes des histoires dans nos esprits qui restent et s’impriment tout en nous poussant à réfléchir, à s’interroger et à rêver. Il a bien été difficile de fermer ce recueil car les nouvelles sont bouleversantes. Alors un grand merci à Mélanie Fazi de les avoir traduit et à Folio de les publier en format poche.

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Lire gratuitement la nouvelle Le vieux M. Boudreaux.

 

Le bureau des atrocités – Charles Stross

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On vous a menti sur toute l’histoire contemporaine. Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont failli l’emporter grâce à leurs sacrifices humains et leurs évocations des puissances ténébreuses qui rôdent derrière la porte d’autres univers. L’informaticien Bob Howard (dont le nom semble inspiré du premier prénom de H. P. Lovecraft) a été engagé de force au Bureau des Atrocités, dit aussi la Laverie Centrale, parce qu’il a eu le malheur d’explorer des archives qui auraient dû être effacées. Et d’y apprendre la thaumaturgie mathématique. En effet, la Laverie, le plus secret des services secrets britanniques, veille à ce que certains théorèmes qui ouvrent l’accès sur
d’autres univers ne soient jamais redécouverts. Elle enquête accessoirement sur tous les phénomènes étranges aux fins de les résorber. Ce qui n’exclut pas la bureaucratie la plus tatillonne. Howard est l’un de ses agents qualifiés action. Précisément, il lui faut aller aux Etats-Unis récupérer un chercheur auquel semblent s’intéresser des terroristes. Une chercheuse plutôt, rousse aussi flamboyante qu’intelligente. Et Howard se retrouve sur la piste de l’Ahnenerbe, le plus mystérieux des organismes nazis, qui aurait survécu un demi-siècle sur un autre monde, dans un autre univers. Grâce peut-être à l’aide d’entités à côté desquelles Cthulhu est un gentil mickey. Issu d’un croisement improbable entre James Hadley Chase, Ian Fleming et H.-P. Lovecraft, X-Files et Men in Black, ce roman déplace les frontières entre genres. Et Charles Stross s’y montre désopilant autant que terrifiant.

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Le croisement entre le monde du policier et de la science-fiction ne vous fait pas peur. Alors vous tomberez sous le charme de Charles Stross qui mélange les genre pour surprendre le lecteur et l’emmener au delà du temps et de l’espace. Prêt pour une aventure qui vous surprendra?

La quatrième de couverture l’annonce Charles Stross propose un mélange entre James Bond, l’oeuvre de Lovecraf avec une pointe de X-Files et de Men in Black. Notre héros Bob Howard est un informaticien très doué. Pour la peine, il va se faire recruter par les services secrets anglais plus exactement dans le bureau des atrocités plus gentiment nommé La Laverie. Ben oui, grâce à ces supers héros de l’ombre les tâches du panorama quotidien sont nettoyer. Par exemple, quand les nazis récupèrent la souffrance qu’ils infligent pour créer un monde parallèle pour revenir un jour et prendre leur revanche, c’est eux qui interviennent.

Ici, Bob qui devait faire une simple première mission a mis le nez dans un dossier plus gros. Tombé sous le charme d’une belle femme intelligente, il va faire une entorse aux milliers de régles pour sauver la jeune femme en danger. Et heureusement qu’il l’a fait car c’est une clé dans la résolution de cette énigme tarabiscotée. L’auteur nous prend par la main pour nous mener dans des univers bien particulier.

J’avoue avoir trouver assez inégale dans la première histoire, Le bureau des atrocités entre les périodes des récits d’aventures et l’autre partie où les neurones cogitent à 200% à l’heure. Je lis peu de SF alors quand on parle d’Alan Turing, de théorie mathématique, scientifique que l’on rajoute des clins d’oeil à Lovecraft et autres auteurs, google est devenu un ami. Beaucoup de recherches de mieux comprendre les éléments vrais pour mieux les différencier des choses de l’imagination. Pour que l’irréel face vrai, il faut le mélanger à la vérité. Il me manquait des bases que j’ai acquis pendant la lecture. Alors grâce à ce roman, j’ai complété mon petit cerveau de savoir.

Le travail d’écriture est vraiment remarquable même dans la deuxième histoire La jungle de béton, qui est une suite de la très longue première histoire. On retrouve les même personnages qui ont évolué. Bob est en couple avec l’ancienne prof, ces colocs sont partis habiter ailleurs ensemble, le dictat des règles trop strictes de l’entreprise qui a eu raison de l’équilibre mental de certains responsables…. Bref, une écriture subtile et drôle qui surprendra plus d’un lecteur.

Nous vivons dans une ère d’incertitude, de complexité et de paranoïa. D’incertitude, parce que, depuis quelques siècles, il y a carrément bien trop de connaissances disponibles pour qu’un seul être humain puisse les embrasser; nous sommes tous ignorants, si l’on va jusqu’au bout de ce raisonnement. La complexité multiplie cet effet parce que nos zones d’ignorance et nos points faibles interfèrent de manière imprévisible : les projets les plus innocents ont des effets secondaires imprévus. Et la paranoïa est le produit émergent de ces effets secondaires : le monde n’est pas tel qu’il paraît, et, de fait, il se peut que nous n’arrivions jamais à appréhender le monde tel qu’il est sans le filtrage réconfortant de nos opinions préconçues et de nos médias. 

Le bonus se fait par la postface sur la réflexion sur le genre de la science-fiction, sur la typologie d’écriture, les thématiques abordées…. Très intéressant à lire qui a changé mon regard sur les histoires lues. Et tout à la fin, un glossaire pour mieux comprendre les sigles utilisés dans le roman. Dommage que je ne m’en sois aperçu qu’en arrivant à la fin.

Envie de voyage, d’être surpris, d’aller à la rencontre d’un mec à l’apparence basique qui se trouve être un geek passionné coincé par un boulot qu’il n’a pas vraiment rêvé. Un livre qui permet d’ouvrir les portes du genre sf qui montre sa très grande richesse.

Conseil de L’Apostrophe

 

 

Le Chant du Drille – Ayerdhal

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4ème de couverture
Aujourd’hui l’être humain vit 200 ans. Il a depuis longtemps quitté la Terre originelle, essaimé vers des systèmes planétaires lointains, fondé ses colonies et ses lois interstellaires. Aux confins de la fédération Homéocrate, Taheni est une planète vierge et paradisiaque dont l’équilibre écologique est menacé par les installations humaines. Les Drilles, animaux humanoïdes semblables à des lémuriens et doués d’un chant merveilleux, se pressent par milliers aux portes des villes pour s’y laisser mourir. Lodève, inspectrice générale des Colonies, est dépêchée pour décrypter cette énigme et enquêter sur les corruptions et complots de la petite société tahenite, qui mettent en cause l’ensemble du système homéocrate

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Les humains ont conquis une nouvelle planète mais ont-ils pris en compte les habitants locaux? Ni a t’il pas des affaires louches qui impliqueraient le pouvoir en place? Une seule personne pourra de nouveau rétablir un semblant de tranquillité et de justice : Lodève Dalellia.

Sur Taheni, l’invasion humaine veut se faire au détriment de la population locale : les Drilles. Une espace qui se rapproche du lémurien. Leur milieu naturel se fait détruire et sont dirigés vers des camps loin d’un espace où ils vivent naturellement. Ces derniers commencent à agir de façon étrange. Ils s’assied dans les villes humaines et se laissent mourir tout en émettant un chant. Cette musique plonge beaucoup d’humains dans une profonde dépression allant jusqu’au suicide. Ce phénomène parmi d’autres font que la xénologue, Lodève Dalellia est mandaté pour agir sur la planète. L’opération semble rude surtout quand le plupart des gens décident de garder le secret. Mais voilà, la jeune et très charmante enquêtrice va à force de rencontre et d’échanges va mettre bout à bout des morceaux de cette histoire.

La xénologue est d’autant plus impliquée que son ancien amour, le journaliste Vernang Lyphine est au coeur du complot. Il lui reste à savoir si c’est en tant que victime ou d’investigateur. D’ailleurs, la réponse ne sera jamais vraiment évidente. La certitude qui restera sera l’amour qu’elle lui a porté malgré l’étrangeté de la personne.

Elle est aussi bien partie à la rencontre des Drilles, des personnes pouvant communiquer avec eux comme Elvie et Emalia que ceux qui souhaitent leur mort. Mais l’affaire est-elle aussi simple? Son instinct va l’a guider vers la vérité malgré les battons dans les roues que l’on va lui mettre sur la route. Comme une Sherlock Holmes futuriste sur une planète lointaine, elle va beaucoup observer ce qui l’entoure et bien écouter entre les mots. Corruption, meurtres, assassinats, manipulations, rien ne va avoir de secret pour elle.

J’ai adoré ce roman de science-fiction où les femmes sont mise en avant. Elle sont les héroïnes au coeur de l’histoire, on ne peut pas passer à côté d’elles. Chose rare dans la science fiction où les personnes principaux ou les héros sont des hommes. Ici, malgré le charme et son intelligence, elle réussit, ce n’est pas une criminelle, une femme vénéneuse et ni une prostituée. Un grand bravo et un grand merci à l’auteur de cette prise de position. Et bravo aussi à l’auteur pour sa plume qui décrit avec talent cette autre planète, les relations avec les personnages et l’invention de terme comme xénologue.

On m’a conseillé ce livre et je suis ravie de cela car seule je ne suis pas certaine que je l’aurais emprunté à la médiathèque. Un voyage dans le futur à la rencontre d’une autre culture et d’un autre univers qui étrangement à beaucoup d’écho à notre société. Il me reste un auteur à découvrir apparemment.

Stalker – Arkadi et Boris Strougatski

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Des Visiteurs sont venus sur Terre. Sortis d’on ne sait où, ils sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu’ils ont occupée sans jamais interagir avec les hommes, ils ont abandonné des objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent piller au péril de leur vie, comme une bande de fourmis coloniserait, sans rien y comprendre, les détritus abandonnés par des pique-niqueurs au bord d’un chemin. Adapté au cinéma en 1979 par Andreï Tarkovski, Stalker ou Pique-nique au bord du chemin est le chef-d’oeuvre des frères Strougatski. Un roman qui a eu un tel impact sur le XXe siècle, que c’est sous le surnom de stalkers qu’on connaît désormais les hommes et les femmes qui ont étouffé le coeur du réacteur en fusion de Tchernobyl, entre le 26 avril et le 16 mai 1986.

Un jour des extraterrestres débarquent dans le monde en laissant dans des Zones des objets. Les humains essaient de découvrir l’utilité de ces objets mais la tâche est compliquée et cela implique beaucoup de changements.

Ben, c’est comme s’il avait lu dans un livre: y a rien eu à enterrer… Parce que, dans la Zone, c’est comme ça: si tu reviens avec la gratte, c’est un miracle; si tu reviens vivant, c’est une réussite; si tu as échappé aux balle de la patrouilles, c’est une chance; et tout le reste, c’est le destin… 

Les extraterrestres viennent sur la terre et s’installent dans des zones où ils laissent des objets, des maladies et des évènements inexplicables. L’Etat va protéger ces zones et interdire l’accès. Toutefois, des stalkers vont illégalement chercher des objets pour les revendre au marché noir. Beaucoup n’en reviennent pas vivant et ceux qui reviennent n’en seront pas indemnes. On suit les aventures d’un stalker par comme les autres, Redrick Shouhart. Il possède un travail légal et illégal dans la Zone, à des amis gentils et pas très fréquentables et est entouré d’une femme qu’il l’aime et d’un enfant. Mais rien n’est simple. La Zone modifie tout que l’on y soit aller ou pas sans parler des morts qui sont sortis de leur tombe. On change, on devient un autre. On ne sait pas pourquoi pas les extraterrestres sont venus, ni si un jour ils vont revenir. Sans communication, il ne peut y avoir de compréhension.

Soudain, il sourit et me tapote le dos, histoire de dire: n’aie pas peur, avec moi tu t’en sortiras et même si tu claques, de toute façon on ne meurt qu’une fois. Non, je vous jure, c’est un gars marrant. 

Les frères Strougatski sont des auteurs cultes de science-fiction en Russie. Un genre qui a eu des difficultés à s’implanter comme une vraie littérature pour adulte. D’ailleurs, ce roman a mis presque 8 ans à pouvoir être éditer dans son pays. A la fin des années 1997, le livre a déjà été vendu dans plus de 20 pays dans le monde. D’ailleurs, le livre a même été adapté au cinéma par Andreï Tarkovski. Une histoire de publication surprenante et touchante, racontée en post-face par l’un des auteur, qui rend le livre plus touchant. En effet, rien dans l’histoire ne remet en cause ou critique le pouvoir soviétique, bien au contraire.

J’avais quelques appréhensions avant la lecture car je lis très peu de science-fiction. Je craignais que l’on me rappelle  que les hommes sur terre sont supérieurs à tous l’univers. Mais ce n’est pas le cas ici. Une lecture agréable, légère et passionnante. J’avais envie de suivre les parcours dans la Zone du Rouquin, de connaître les objets qui pouvaient s’y trouver, de voir cette société en mouvement autour de ces endroits particuliers. Me voilà maintenant réconcilié avec un genre que je prendrais plus volontiers au hasard de pérégrinations à la médiathèque. Alors si vous avez des idées reçues sur les auteurs russes ou la littérature de sf, prenez la direction de la librairie et dépassez vos idées préconçues.

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