Chagrin d’école – Daniel Pennac

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Le futur comme un mur où seraient projetées les images démesurément agrandies d’un présent sans espoir, la voilà la grande peur des mères!

Seulement, pour que la connaissance ait une chance de s’incarner dans le présent d’un cours, il faut cesser d’y brandir le passé comme une honte et l’avenir comme un châtiment. 

Les uns après les autres, nous devenons. 
Ca se passe rarement comme prévu, mais une chose est sûre : nous devenons.

Le savoir est d’abord charnel. Ce sont nos oreilles et nos yeux qui le captent, notre bouche qui le transmet. Certes, il nous vient des livres, mais les livres sortent de nous. Ca fait du bruit, une pensée, et le goût de lire est un héritage du besoin de dire. 

Pour qu’il aient une chance d’y arriver, il fallait leur réapprendre la notion même d’effort, par conséquent leur redonner le goût de la solitude et du silence, et surtout la maîtrise du temps, donc de l’ennui.

C’est peut-être cela enseigner : en finir avec la pensée magique, faire en sorte que chaque cours sonne l’heure du réveil. 

– L’université forme exactement ce que souhaite votre système, répond la recrue pas si bête : des esclaves incultes et des clients aveugles! Les grandes écoles formatent vos contremaîtres – pardon vos « cadres » -, et vos actionnaires font tourner la planche à dividendes. 

Le cancre oscille perpétuellement entre l’excuse d’être et le désir d’exister malgré tout, de trouver sa place, voir de l’imposer, fût-ce par la violence, qui est son antidépresseur.

Comment leur reprocher cette frime perpétuelle, cette image de soi composée pour le public miroir du groupe? Il est assez facile de moquer leur besoin d’être vus, eux qui sont à ce point cachés au monde et qui ont si peu à voir! Que leur offre-t-on d’autre que cette tentation d’exister en tant qu’images, eux qui hériteront du chômage et que les hasards de l’histoire, ont, pour la plupart, interdits de passé et privés de géographie? 

Faire passer l’école pour un lieu criminogène est, en soi, un crime insensé contre l’école. 

Héroïque mais inutile, me fit observer un copain : sais-tu la différence entre un professeur et un outil? Non? Le mauvais prof n’est pas réparable. 

Car, paradoxe de l’enseignement gratuit hérité de Jules Ferry, l’école de la République reste aujourd’hui le dernier lieu de la société marchande où l’enfant client doive payer de sa personne, se plier au donnant-donnant : du savoir contre du travail, des connaissances contre des efforts, l’accès à l’universalité contre l’exercice solitaire de la réflexion, une vague promesse d’avenir contre pleine présence scolaire, voilà ce que l’école exige de lui. 

Il l’aurait adoré, cette époque qui, si elle ne garantit aucun avenir à ses mauvais élèves, est prodigue en machines qui leur permettent d’abolir le présent!  Il aurait été la proie idéale pour une société qui réussit cette prouesse : fabriquer de jeunes obèses en les désincarnant. 

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4ème de couverture
« Donc, j’étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l’école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres. Quand je n’étais pas le dernier de ma classe, c’est que j’en étais l’avant-dernier. (Champagne !) Fermé à l’arithmétique d’abord, aux mathématiques ensuite, profondément dysorthographique, rétif à la mémorisation des dates et à la localisation des lieux géographiques, inapte à l’apprentissage des langues étrangères, réputé paresseux (leçons non apprises, travail non fait), je rapportais à la maison des rés

ultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique, ni le sport, ni d’ailleurs aucune activité parascolaire. » Dans la lignée de Comme un roman, Chagrin d’école est donc un livre qui concerne l’école. Non pas l’école qui change dans la société qui change, mais, « au cœur de cet incessant bouleversement, sur ce qui ne change pas, justement, sur une permanence dont je n’entends jamais parler : la douleur partagée du cancre, des parents et des professeurs, l’interaction de ces chagrins d’école ». Daniel Pennac entremêle ainsi souvenirs autobiographiques et réflexions sur la pédagogie et les dysfonctionnements de l’institution scolaire, sur la douleur d’être cancre et la soif d’apprendre, sur le sentiment d’exclusion et l’amour de l’enseignement. Entre humour et tendresse, analyse critique et formules allant droit au but, il offre ici une brillante et savoureuse leçon d’intelligence. Ce Chagrin d’école s’impose déjà comme un livre indispensable.

Capture d’écran 2013-07-18 à 19.58.35Voilà une lecture que je ne regrette pas. En effet, Daniel Pennac est un homme à part. Il croit en la valeur de l’éducation, la passion de l’enseignement, développer la curiosité, l’envie d’apprendre , de s’ouvrir, d’apprendre, à avoir confiance en soi. On sent véritablement sa passion qui m’a animé, qui m’a donné envie de croire en tous ces élèves bons et mauvais. Bien entendu, cela m’a renvoyé à mon enfance à mon rapport avec les professeurs. Quelques uns ont été vraiment là pour moi, une élève médiocre, qui était persuadée de sa médiocrité. Quelques enseignants ont cru en moi et m’ont aidé à comprendre et aimer des matières. En effet, beaucoup se persuadent tellement d’être nul, on les convainc aussi de cela.  Mais il suffit parfois de peu pour être certain de valeur mieux.

Une magnifique ode à l’enseignement, au partage, à la tolérance face aux préjugés, aux idées préconçues qui se lit avec plaisir. J’ai dévoré le livre d’un bout à l’autre avec toujours le même plaisir. Je pense que je le relirai plus tard et même si je le trouve en occasion, je céderai à la tentation.

L’avis de Métaphore : metaphorebookaddict.wordpress.com/2013/06/07/chagrin-decole-daniel-pennac/

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Quartier Lointain tome 1 et 2 – Jirô Taniguchi

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Moi, Hiroshi Nakahara, 48 ans, j’étais dans la peau d’un gamin de 14 ans que j’avais été… Une telle chose pouvait-elle être possible? Vue de ma fenêtre, je redécouvrais la ruelle plongée dans la pénombre… La peur montait en moi. Et si ce n’était pas un rêve… Si j’étais tout simplement devenu fou?

Personne ne devient jamais vraiment adulte… L’enfant que nous avons été est toujours là, bien vivant, tout au fond de nous. Il est comme ce ciel… Avec le temps, nous croyons grandir… Mais la maturité n’est qu’un leurre, une entrave à notre âme libre d’enfant.

Toute la tristesse… toute la solitude du monde étaient dans son étreinte. Une femme en larmes.. Sa poitrine amaigrie pressée contre la mienne… Dieu que c’était douloureux!

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Quatrième de couverture
Homme mûr de 40 ans, transporté dans la peau de l’adolescent qu’il était à 14 ans, Hiroshi continue la redécouverte de son passé. Questionnant sa grand-mère, ses parents, ses amis, il réalise tout ce qui lui avait échappé lorsqu’il était jeune. Et petit à petit, l’année scolaire avançant, il voit se rapprocher la date fatidique où son père disparaîtra, pour toujours, sans aucune explication. Peut-il changer son passé ou est-il condamné à le revivre, impuissant ? Et retrouvera-t-il son existence normale, sa femme et ses enfants ?

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Ce n’est pas sans une certaine émotion que je relis ces deux mangas. Je les lus adolescente à la médiathèque de ma ville qui venait tout juste d’ouvrir. Il y avait peu de manga en rayon à part celui-là et Akira. De plus, récemment je suis allée voir sa sublime adaptation au théâtre, où l’univers de l’auteur y est respecté et honoré.

On retrouve les grands thèmes propres à Taniguchi : la famille, l’enfance et la nature. J’aimerai parfois m’endormir et me réveiller quand j’étais jeune avec ma mémoire et percevoir autrement ce qui nous entoure. Ici, le héros essaie de comprendre pourquoi son père quitte sa famille, une interrogation qui le hante. A 48 ans, avec un court échange avec lui, il pourra au mieux le comprendre et voir aussi son propre comportement avec sa famille. Il découvre sa famille avec un nouveau regard, car quand on a 14 ans on ne pense qu’à soi, qu’à s’amuser. On ne s’intéresse pas au monde des adultes.

Ce nouveau regard sur son enfance le perturbe tout comme cela l’enchante. La construction de l’histoire est un ravissement car on découvre l’évolution des technologies, la modification de la ville et des gens. Le cimetière se trouve au coeur de l’histoire, où naît un nouvel homme. J’ai été touché par la simplicité de l’histoire avec cette délicate inclusion de science fiction. Un voyage dans le temps qui permet de mieux se connaître et d’apprécier les petits bonheurs du quotidien. Un véritable coup de coeur.

Prix
1998 : Prix d’Excellence du Festival des arts médias de l’Agence pour les affaires culturelles au Japon, catégorie Manga
2003 :  l’Alpha’Art du meilleur scénario et le prix Canal BD au Festival d’Angoulême

Cinéma
L’adaptation est sortie en salle le 24 novembre 2010 réalisé par Sam Garbarski. L’action par contre se déroule en France, à Nantua. Le héros se prénomme Thomas. La bande son est composé par Air.

Théâtre
L’adaption s’est faîtes en Suisse en 2009 sous la plume de Carine Corajoud avec une sublime mise en scène de Dorian Rossel. Voir le site de la compagnie : www.supertroptop.com/quartier/quartier.htm.

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L’avis de Yuko : art-enciel.over-blog.com/article-quartier-lointain-de-jiro-taniguchi-105262564.html

Du même auteur
L’homme qui marche
Un ciel radieux
La montagne magique
Le promeneur
Un zoo en hiver
Le Gourmet solitaire
Le journal de mon père 

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