Comme une bête – Joy Sorman

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Pim passe sa main partout où il peut, identifie à haute voix le jarret, la côte première et le filet mignon – les mots la font rire et puis moins quand il passe à la tranche grasse et au cuisseau. Le corps de l’apprenti ankylosé par des jours de découpe, de désossage et de nettoyage se détend enfin, s’assouplit, ses mains se décrispent, la chair est mobile, la peau se griffe, le sang détale dans les veines, il pose ses doigts sur les tempes de la fille, ça pulse.’

Comme une bête est l’histoire d’un jeune homme qui aime les vaches au point de devenir boucher.
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Pour vous, rien ne vaut mieux qu’un bon morceau de viande? L’auteure Joy Sorman pense la même chose que vous et en profite pour proposer un roman sur un personnage boucher, Pim.

Pim décide de faire un métier car il veut rentrer dans le monde du travail assez rapidement et gagner de l’argent. Il se dirige vers l’enseignement de la boucherie et doucement tombe sous le charme du travail de la viande. De simple petit apprenti, il devient un des meilleurs apprentis puis bouchers de Paris. La viande est toute sa vie. Elle pénètre même son corps. Il va même se faire tatouer un morceau de viande rouge dans le dos. Et puis, les animaux hantent ces rêves et lui susurrent des idées. Beaucoup de réflexions autour du rapport entre l’homme et l’animal le travaille.

Ils se trouvent un endroit, un petit coin, et ils attendent discrètement, ils contrôlent leur respiration, comptent les minutes, parfois les heures, s’efforcent de ne pas trop déranger, de ne pas trop se faire remarquer, ils ne poussent aucun cri. Les bêtes sont exemplaires quand elles meurent mais elles ne le savent pas. 

L’auteure nous emmène dans un voyage au coeur d’un métier et de passionnés. Pendant tout le livre, j’ai suivi le parcours de Pim. J’ai eu des nausées et très envie de vomir lorsqu’il visite un abattoir et que l’on m’explique comment on tue et découpe les animaux. La fermeture du livre s’imposait un moment. Puis l’aventure se poursuit, l’envie de manger de la viande me quitte. Mais lorsque Pim, ouvre sa boucherie à Paris, j’avais envie d’aller le voir et lui demander de me donner un bon morceau de viande. D’ailleurs, depuis je ne regarde plus le boucher prêt de chez moi pareil.  Pourtant, j’ai trouvé que la lecture était agréable et distrayante mais c’est tout.

Grâce à l’édition Folio, j’ai pu adresser quelques questions à l’auteure qui m’a gentiment répondu :

Comment avez-vous eu l’idée de rédiger ce roman? 
Mon idée première était d’écrire un livre sur un monde professionnel artisanal – ses rites, ses codes, son langage, son esthétique -, et la boucherie s’est imposée à moi comme une activité éminemment inspirante : quoi de plus romanesque qu’un personnage de boucher avec son tablier ensanglanté, son grand couteau et ses impressionnantes mains qui découpent la chair ?

Etes-vous une passionnée de viande? 
Pas particulièrement. J’aime la viande, j’en mange, mais raisonnablement.

Vous avez sans doute passé beaucoup de temps avec des bouchers pour l’écriture de ce livre. Comment avez-vous vécu leur quotidien ?
J’ai passé beaucoup de temps avec un boucher, que je remercie d’ailleurs à la fin du livre. Il a été pour moi une sorte de poisson pilote dans le milieu de la boucherie, il m’a introduite auprès des autres professionnels du secteur. Je l’ai regardé travailler dans son labo, préparer la viande, je l’ai accompagné à Rungis. Mais je me suis également beaucoup documenté par moi-même, en lisant, en regardant des documentaires, en faisant des recherches sur internet.

Prix
Georges-Brassens en 2012
François-Mauriac de l’Académie française en 2013

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