La Colère du Tigre qui rugit au Petit Montparnasse

la-colere-du-tigreGeorges Clémenceau et Claude Monet, amis de longue date, après quelques échanges épistolaires passent quelques jours ensemble au bord de l’Atlantique, en Vendée. Une occasion pour les deux hommes aux caractères bien trempés de parler d’art, de politique et d’Amour.

Philippe Madral, l’auteur décide de raconter l’histoire assez peu connue entre ces deux hommes forts de la société française que sont Georges Clémenceau (Claude Brasseur), le politique et Claude Monet (Michel Aumont), l’artiste, octogénaires, liés par l’amitié. Tous les deux âgés avec la vue qui baisse, le corps se fatiguant et de mauvaises habitudes, ne sont pas des tendres. Alors quand Monet avoue avoir détruit les Nymphéas promis à l’Orangerie, le Tigre sort les griffes et rugit de colère qui va aller jusqu’à un combat de cannes. Sous ces répliques autour de la création artistique, c’est véritablement l’angoisse autour la présence de la vieillesse, de la solitude et de la mort prochaine qui sont abordés.

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Ce printemps 1923 est plein de rêve et d’espoir pour cet ancien Président du Conseil qui espère l’Amour et aussi convaincre son ami à moitié aveugle de finir sa peinture gigantesque pour l’Orangerie. Mais le fait de ne plus percevoir les couleurs comme avant l’ennui terriblement et le mine profondément. Les couleurs ont toujours été une raison de vivre. D’ailleurs c’est pour cela que Clémenceau dira cela à la suite du décès de son ami retira le voile noir couvrant le cercueil: Pas de noir pour Monet, le noir n’est pas une couleur ! Mais un an avant de mourir en 1926, le maître aura terminé les toiles qui sont maintenant installées au musée de l’Orangerie.

Paris, Filage 'La colere du tigre' Il ne faut pas oublier la présence de deux femmes dans la pièce de théâtre. Nous avons d’un côté Clotilde (Marie-Christine Danède), fidèle cuisinière et gouvernante qui a un sacré bagou. Elle prend soin du Tigre et est présente pour l’empêcher de trop fumer. Puis nous avons son dernier amour, l’éditrice, Marguerite Baldensperger (Sophie Broustal) qui a force de mots doux et de longues discussions ont décidé de s’aimer malgré la différence d’âge. Mettez votre main dans la mienne. Je vous aiderai à vivre, vous m’aiderez à mourir. Car n’oublions pas, souvent derrière un grand homme, il y a une femme qui écoute et soutien.

4118054072 Pour raconter cette aventure, Christophe Lidon a créé une mise en scène tout en délicatesse avec une parfaite correspondance à l’histoire. Les deux hommes passionnés du Japon aussi bien par leurs arts ou leur philosophie de vie. Ainsi on voir sur toile de fond sont projetés numériquement des ambiances dont ces fameux poissons cerf-volant qui font beaucoup de bruits au vent fort. Tout comme les magnifiques toiles des Nymphéas ou des carpes koïs qui apparaissent au gré des actions et du temps qui passe. Il faut peu de choses pour signaler l’espace au final, quelques arbres magnifiquement peints, quelques chaises, un espace délimité de toiles semi-transparentes et nous voici dans un jardin. Bien entendu, il faut le talent de création pour donner l’impression de simplicité, indéniablement.

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Un spectacle très plaisant d’une part pour son côté historique car je ne connaissais pas ce lien d’amitié entre les deux hommes et par la qualité de jeux qui m’a été proposé de voir. Tout en justesse et en douceur, l’histoire se regarde avec plaisir simple et authentique. Une pièce qui a ouvert mon appétit culturel car cela m’a donné envie de lire la correspondance entre le tigre et le crabe et bien sûr de retourner au musée de l’Orangerie dans les deux salles des Nymphéas.

La dernière petite enveloppe bleue – Maureen Johnson

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Ginny Blackstone pensait avoir vécu la plus grande aventure de sa vie l’été de ses dix-sept ans. Treize petites enveloppes bleues, léguées par sa tante adorée avant de mourir, l’avaient envoyée à la découverte de l’Europe et d’elle-même, seule avec son petit sac à dos.Treize… moins une, qui avait disparu avec le vol de son sac. Quelques mois plus tard, Ginny reçoit un mystérieux message d’Angleterre : un certain Oliver a récupéré la fameuse enveloppe. Sa dernière aventure l’attend, de Londres à paris, d’Amsterdam à Dublin, cette fois accompagnée d’un ex, d’un futur et d’une rivale…

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Maureen Johnson, après le succès de son roman 13 petites enveloppes bleues et à la demande de ces nombreux fans a décidé de faire une suite. Elle sera consacrée au dernier courrier reçu d’où le titre : La dernière petite enveloppe bleue. Une nouvelle aventure pour Ginny Blackstone qui va découvrir le monde à nouveau grâce à sa tante, Peg.

Peu de temps, après le décès de sa tante adorée, Ginny reçoit une enveloppe l’invitant à se rendre dans son appartement aux Etats-Unis. Là, elle va avoir un ensemble d’enveloppe qu’elle devra ouvrir à un moment précis dans un pays au monde bien précis. Toutefois, lors de son dernier voyage, on lui vole son sac à dos dans lequel il y a toutes les enveloppes dont la 13ème. Le drame….. Mais voilà, après qu’elle soit de retour chez ces parents, l’école reprend, elle va recevoir un mail d’un fameux Olivier, qui a la dernière lettre. D’ailleurs, il va lui mettre un cours extrait. Comment a-t’il récolter son adresse? On ne sait pas.

On parle de Docteur Who :)

On parle de Docteur Who 🙂

Il veut bien lui remettre à certaines conditions. Cette lettre va lui permettre de retrouver une oeuvre d’art de sa tante qui est très côté et il veut la moitié des bénéfices de la vente. Elle n’a pas le choix de partir avec lui. Par chance, son ex et sa copine vont se joindre à leur voyage à travers l’Europe pour la protéger. Bien entendu, il va leur arriver des aventures rocambolesques avec des rencontres surprenantes. Ces voyages dynamisent la lecture et permet de d’apprendre à connaitre les personnages et de s’attacher à eux.

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J’ai eu quelques difficultés à bien rentrer dans l’histoire que j’avais trouvé moins dynamique que le premier roman et puis je me suis laissée happée. On s’attache à Ginny qui hésite et qui a peur de tout, très souvent. Heureusement, les premiers voyages lui ont permis de prendre plus confiance en elle et change son regard sur autrui : l’inconnu. J’adore cette ado de 18 ans qui réfléchit à son avenir, se demande dans quelle fac s’inscrire, comment aimer, cela veut dire quoi être amoureux…. Le roman se lit facilement et à une très grande vitesse. D’ailleurs, si il y avait une suite, je pense que je l’aurais dévoré tout comme le premier tome et ce dernier.

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Une histoire bien sympathique qui même si elle s’adresse à des ados filles entre 14 et 16 ans, elle convient aussi très bien à des plus grandes de plus de 30 ans. Il ne faut pas oublier qu’importe l’âge, quand on aime on a de nouveau 14 ans avec l’appareil dentaire. Léger, sympathique et légèrement drôle, ce roman vaut le coup d’un détour car on voyage, son s’évade et on sourit simplement.

Lire mon avis sur le premier tome : 13 petites enveloppes bleues – Maureen Johnson

Les chroniques de Wildwood, tome 3 : Imperium – Colin Melot

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Il était une fois un pays interdit où les animaux avaient décidé d’imposer leur loi… Alors que Prue soigne toujours sa grave blessure auprès d’Esben, Zita, une jeune adolescente, organise une mystérieuse séance de spiritisme dans une maison colonisée par le lierre. Ce que la jeune fille ignore, c’est qu’au terme de cette séance elle pourrait bien libérer un esprit ancien emprisonné dans la demeure.

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Dans la forêt de Wildwood, se cache de bien étrange choses. Du lierre qui prend forme humaine, des animaux qui parlent, des hommes qui communiquent avec la nature, un grand tout qui doit apprendre à cohabiter pour sauver l’équilibre de la planète.

Une aventure surprenante qui sait saisir son lecteur. Une histoire complexe et riche en rebondissement qui nous mène à la rencontre de gens bons, gentils, sauvages et horribles. Chacun vivant dans son monde se rend compte que de grands changements sont en cours. Prue, Esben, Carol, Seamus, Martha, Curtis, Elsie, Harry vont se rencontrer dans des circonstances exceptionnelles. Ils vont devoir mettre de côté leurs rancoeurs et leur nature pour lutter contre les grands de ce monde qui asservissent les enfants comme la nature et ces fous religieux. Tout va s’effondrer pour renaître à nouveau et finir dans un magnifique happy end.

Après la lecture, la couverture donne beaucoup d’informations sur cette histoire d’amour, d’amitié et de rencontres avec la reine qui anime le lierre, la rencontre entre deux adolescents une humaine et un robot où les retrouvailles d’un vieille homme aveugle et de son ami, ours. La texture du papier, le coupé des pages assez irrégulier donne l’impression d’un ouvrage rare et précieux, intrigue beaucoup et m’a beaucoup séduite dans le choix de la lecture. Et puis doucement, on va de personnages en personnages, de monde en univers et on sait pertinemment qu’ils vont se rencontrer. Alors les pages se tournent doucement avec une certaine gourmandise pour savoir ce qui va se passer tout en sachant que tout va bien finir car c’est roman jeunesse.

Le tome 3 a l’avantage de pouvoir se lire sans avoir déjà lu les précédents romans de la trilogie. On se prend vite au jeux des différentes quêtes et personnages, assez attachants. Une belle de pavé qui fait voyager dans le temps et l’espace.

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Cyrano – Täi-Marc Le Thanh et Rébecca Dautremer

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Il fallait bien ce grand format pour donner toute son ampleur aux splendides tableaux de Rébecca Dautremer. Et quelle idée originale et pertinente de situer cette adaptation de l’œuvre d’Edmond Rostand dans un décor japonisant. Le lecteur se laissera irrésistiblement enveloppé dans cet univers clair-obscur où évoluent des silhouettes élancées dont la gracilité est renforcée par la présence récurrente des ombelles, pavots, brins de lavande et autres lignes délicates.
Mais n’oublions pas le texte : abrégé, il restitue pourtant l’essence de l’œuvre originale à la trame dramatique, tout en se permettant des parenthèses fantaisistes et des notes explicatives, décalées et pleines d’humour. Un pur enchantement !

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Täi-Marc Le Thanh, aux mots et Rébecca Dautremer, aux dessins ont décidé de rendre hommage à un livre qu’ils apprécient tout deux : Cyrano de Bergerac. Dans un grand livre joliment illustré nous est raconté cette triste histoire d’amour.

La belle Roxanne est tombée amoureuse du beau Christian. Et le beau Christian est tombé amoureux de Roxanne. Mais le souci c’est que Christian ne maîtrise pas avec grand talent les mots pour conquérir le coeur de Roxanne qui les aiment tant. Alors il va se faire aider par Cyrano, lui aussi amoureux de la belle Roxanne. Mais il a un gros nez et on se moque de lui à cause de cela. Alors il se refuse à l’amour pour sa bien aimé et va aider Christian de tout son coeur. Christian va s’apercevoir que sa belle l’aime pour ces mots et lui n’est qu’image. A la suite de cela, il se jette sur le champs honneur et meurt. Roxanne décide alors de finir sa vie chez les bonnes soeurs où son cousin, Cyrano viendra lui rendre visite très régulièrement.

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J’adore cette histoire. J’ai lu de très nombreuses fois la pièce de théâtre. Je suis allée voir le remarquable spectacle à la Comédie Française. J’ai regardé plusieurs fois l’adaptation de Jean-Paul Rappeneau avec Gérard Depardieu. Je suis même allée manger au restaurant le Ragueneau. Alors lorsque j’ai vu ce magnifique livre illustré par Rébecca Dautremer chez Gautier-Languereau à la médiathèque, je n’avais qu’une attente, le lire. Mais je n’ai pas du tout été conquise par l’histoire extrêmement simplifiée et beaucoup trop allégé avec un peu d’humour. Pour moi, Cyrano c’est la fougue, la passion, la folie, la gourmandise, l’énergie, les combats, les magnifiques tirades… Pas une histoire toute gentille et fade à la fois. Et puis quelle drôle de tête à se Cyrano avec ce nez qui ne ressemble vraiment à rien et tellement proéminent.

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La douceur, la délicatesse et la beauté des mots ne sont pas du tout présents. Les dessins sont beaux si on les prend hors de l’histoire. Bref, une grosse déception de cette lecture à laquelle j’attendais tant, peut-être trop.

Lire l’avis de Cachou

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Histoire d’Alice, qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un) – Francis Dannemark

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La vie d’Alice est un roman.
Un roman dont les chapitres, les uns après les autres, portent le nom de ses maris. Le jeune résistant, le confiseur italien, le jazzman, le journaliste américain, le médecin indien… Elle a follement aimé chacun de ces hommes et s’en est fait follement aimer. Huit fois veuve et neuf fois amoureuse ! Un don pour la vie, une terrible envie de mordre l’existence à pleines dents brûlent chez cette sémillante vieille dame à l’accent so british

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Besoin d’un peu de douceur pour finir ou débuter l’année? Alors pour cela, il suffit d’aller à la rencontre d’Alice, 73 ans. Sous ces apparences de femme ordinaire, ce cache une femme qui a donné de l’Amour toute sa vie.

C’est lors de l’enterrement de sa mère, en 2001, que Paul, 56 ans, rencontre Alice, sa tante pour la première fois. Et cette rencontre va chambouler toute sa vie. Car sous ces airs de vielles dames apparaît une femme pétillante, pleine d’esprit et de mystère. Elle invite son neveu chaque soir à venir à sa rencontre à l’hôtel où elle est pour le moment afin de lui raconter son incroyable vie amoureuse. La vie est précieuse et peut-être courte. Elle connaît bien cela car marié 8 fois et veuve autant de fois. Tous disparus de mort plus au moins banal comme une crise cardiaque dans le jardin ou mourir suite à un coma. Mais une chose est certaine, elle a aimé sincèrement ces hommes et a profité de chaque moment avec chacun d’eux. Ainsi, elle a pu suivre son coeur en traversant le monde durant 50 ans.

Alice a des difficultés à dire non et aidé par son amie et ex belle-mère, elle va prendre la vie avec simplicité et légèreté. Une chose qui va toucher Paul mais tout autant la lectrice que je suis. Un bel ode à la vie, à l’amour, à l’amitié, au sexe et surtout à la capacité de l’homme de pouvoir aller de l’avant. On oublie souvent que ce n’est les choses merveilleuses qui manquent mais notre capacité à nous émerveiller. Ce petit roman porte vite le sourire et l’émerveillement. L’histoire bien qu’improbable est raconté avec subtilité et talent ce qui fait que les pages se tournent avec curiosité. D’autant plus que chaque paragraphe porte le nom d’un homme différent, alors bien entendu que j’ai envie de savoir qui il est, comment ils se sont rencontrés et comment et pourquoi, ils se sont aimés.

Le roman se lit avec une douceur bien agréable et le plaisir de lecture est réel. Pourquoi se privée d’un moment de bonheur de lecture simple et authentique?

Trahisons ou une histoire d’amour, tout simplement

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© Cosimo Mirco Magliocca / collection Comédie-Française

Harold Pinter, Prix Nobel de littérature, écrit Trahisons en 1978 et a été joué à la Comédie Française en 2014. Dans une sublime mise en scène et avec un incroyable jeu, l’histoire d’un triangle amoureux, entre un mari, la femme et l’amant nous est racontée.

On rencontre les trois personnages de cette pièce avec : Robert (Denis Podalydès), éditeur brillant, sa femme galeriste d’art, Emma (Léonie Simaga) et l’amant ainsi qu’ami du couple, Jerry (Laurent Stocker), agent littéraire. Entre eux, l’épouse de Jerry et les enfants des couples sont abordés mais jamais ils ne sont présents sur scène. Robert et Jerry travaillent ensemble et parfois vont au restaurant ou faire du sport ensemble. Robert a des aventures extra-conjugales dont il partage à l’occasion les récits avec son ami Jerry. Jerry lui ne peut pas raconter son amour extra-conjugal à son ami, car c’est avec sa femme qu’il l’a vit. Jusqu’au jour, où la femme raconte à son mari ce qu’elle fait parfois le soir ou pendant la journée avec Jerry. Bref, de petites trahisons entre amis. Cela va-t-il pour autant ruiner le lien qui les unis ?

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© Cosimo Mirco Magliocca / collection Comédie-Française

 

La réponse n’est pas vraiment donnée car l’histoire débute par la fin pour remonter à la genèse de cette rencontre extra-amicale. C’est grâce à la mise en scène très moderne de Frédéric Bélier-Garcia que ce voyage est possible. Les panneaux coulissent, s’envolent tout en mouvements avec les comédiens pour changer d’espace et de temporalité dans des couleurs douces et sauvages à la fois. Le tout servi avec ce talent de précision qu’incarne Denis Podalydès, accompagné de la justesse de Laurent Stocker, que j’apprécie de plus en plus et à la beauté mêlé à la précision de Léonie Simaga, qui j’espère revoir très vite sur scène.

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© Cosimo Mirco Magliocca / collection Comédie-Française

 

Le dramaturge Harold Pinter, nous surprend avec une pièce où les vrais-faux semblants flirtent avec la cruauté et l’absurdité d’un poison lent et délicat qu’est le secret. Entre amitié, tendresse, jalousie et adultère, les extraordinaires comédiens de la Comédie Française, servent un spectacle où l’on dénonce le poids du non-dit qui modifie les rapports à l’autre. Pour lier ou délier, ne faudrait-il pas alors de bonnes Trahisons ?

Plus d’informations sur le site du théâtre

Monsieur Jean – La théorie des gens seuls – Dupuy et Berberian

monsieurjeantsTitre : Hors-série. La théorie des gens seuls
Auteurs : Philippe Dupuy et Charles Berberian
Date de publication : mars 2000
Editeur : Les Humanoïdes Associés
Collection : Tohu Bohu

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L’histoire : Monsieur Jean dort mal la nuit. Il fait un cauchemar, toujours le même : trois mafioso habillés de costumes noirs et armés, le menacent de mort jusqu’à ce qu’un imprévu (comme le film Baisés volés de François Truffaut) lui accorde un sursis. D’après son ami Clément, tout est très clair et pas si grave : la sainte Trinité personnifiée le culpabilise d’encore se tripoter, seul, dans son bain… Aucune comparaison avec le calvaire que vit Félix célibataire. Lorsqu’il prend le bus, c’est pour prendre une rouste après s’être opposé à un molosse qui frappe sa femme. Sans compter qu’ingrate, elle en rajoute une couche. Puis, montent des amoureux qui s’enlacent et se bécotent sur le banc en face de lui. Trop, c’est trop ! Dans la vie, la seule chose qui puisse vous tomber dessus, ce sont les emmerdes, toujours communicatives. Alors qu’un baiser, cela n’arrive pas à chaque coin de rue…

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Philippe Dupuy et Charles Berberian ont crée une série qui se nomme Monsieur Jean, publié chez Les Humanoïdes Associés. Pour que les lecteurs puissent aller un peu plus à la rencontre de leur héros, ils ont dessiné un hors-série qui s’intitule La théorie des gens seuls. Prêt à aller à découvrir un homme dans son humanité la plus simple?

Cet album est une transition entre le milieu du troisième volume (Les femmes et les enfants d’abord) et le début du quatrième (Vivons heureux sans en avoir l’air). Mais si vous ne connaissez pas la série, ni n’avez lu tous les tomes, ce n’est pas très important. Il peut se lire tout seul. De toute façon, Jean est une homme ordinaire qui a connu le succès après la publication d’un de ces livres. Il doit retrouver l’inspiration mais elle ne se trouve pas partout malheureusement. En plus, il a des amis et tous ne sont pas très fréquentable, c’est surtout le cas de Félix. Ce dernier, n’arrête pas de hurler sur les couples, pense que l’amour n’est qu’un mensonge et se comporte de façon odieuse en général. La délicatesse n’est pas mot inventé pour lui, car il ne se fait même pas discret quand son pote séduit une femme.

Des moments de vie où l’humain essaie de se sociabilité que cela soit professionnellement, amicalement ou amoureusement. L’entrée en contact avec l’autre est toujours une aventure et l’on ne sait jamais où cela nous mener. M. Jean est un peu monsieur tout le monde. Il n’a pas de prétention professionnel, ne gagne pas des millions pas mois et vit dans un petit appartement. La similitude avec le lecteur facilite le rapprochement et on tourne les pages avec plus joies. Certaines scènes et moments m’ont rappelé pleins de petites choses me faisant sourire.

Alors si vous aimez les histoires qui parle de vous ou de moi, simplement et sans prétention, partez à la découverte de M. Jean et d’un duo d’artistes français qui se sont imposés depuis un moment dans la paysage du 9ème art.

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Heureux les heureux – Yasmina Reza

Heureux les heureux - Yasmina RezaTitre : Heureux les heureux
Auteure : Yasmina Reza
Editeur : Folio
Nombre de pages : 176 pages
Parution : 18 septembre 2014
Prix :
2013
– Grand Prix du Roman MARIE-CLAIRE
– Prix littéraire LE MONDE

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« J’ai commencé à éprouver un sentiment, je veux dire un vrai, à ce moment-là. En sortant de la voiture, à Wandermines, sous la pluie. On ne parle pas assez de l’influence des lieux sur l’affect. Certaines nostalgies remontent à la surface sans prévenir. Les êtres changent de nature, comme dans les contes. Au milieu de cette confrérie en habits du dimanche, se pressant vers la mairie pour échapper aux gouttes, tenant le bras d’Odile pour l’aider sur le parvis glissant, j’ai éprouvé la catastrophe du sentiment ».
Glissant de la mélancolie à l’humour, Yasmina Reza dessine avec Heureux les heureux une constellation moderne de personnages confrontés à l’impasse sentimentale.

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Le titre du roman Heureux les heureux de Yasmina Reza est-il un titre ironique ou plein d’espoir? La question se pose dès la couverture et la réponse se trouve dès la première page. Alors envie de savoir ce qui ce cache dans ce petit livre?

Yasmina Reza avait fait parler d’elle déjà avec son roman L’Aube le soir ou la nuit qui racontait la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Puis de nouveau l’année dernière avec Heureux les heureux qui fait des échos dans la presse grâce à ces prix littéraires. En septembre, Folio décide de publier l’ouvrage en poche afin de le faire découvrir à un autre public, celui plus économe.

Aux premiers coups d’oeil, j’ai cru un petit roman avec de cours paragraphes avec juste un titre. Puis, lors du commencement de la lecture, je me suis aperçue qu’en fin de compte se sont 21 portraits instantanés de 18 personnages. Homme, femme, marie, épouse, amant, solitaire, enfant, hétéro, homo, fou…. La distinction n’est pas utile à part pour montrer l’éclectisme des personnes qui parlent d’eux à un moment. Ainsi on part à la rencontre d’un mari qui trompe souvent sa femme qui tombe des nus lorsqu’elle décide de divorcer pour vivre avec le paysagiste. La mère complètement dépité devant son fils vivant en asile car il se prend pour Céline Dion ou le fameux cancérologue passionné par son travail qui aime payer les hommes pour coucher avec eux.

Chacun prend la parole librement. Les profils se croisent car tous ces gens ont un lien entre eux qu’il soit amical ou professionnel. L’espoir a pris la porte de sortie pour laisser la place à la solitude, à la désillusion et au scepticisme. Les états d’âmes de chacun sont livrés sans détour avec une authenticité où l’humour est complètement délaissé. Avec une simplicité qui donne un aspect d’authenticité, les pages se tournent doucement sans enthousiasme ni ennui. On sent que l’auteure maîtrise avec talent l’écriture pour maintenir le lecteur en haleine sans qu’il est envie de fermer son livre directement au bout de 10 pages. Une structure originale qui déteint de pleins de romans de portraits mais qui ne restera pas mémorable dans ma mémoire qu’importe ce qu’en dit Le Monde ou Marie-Claire.

Un enchevêtrement de destins qui transforme le lecteur à la fois en spectateur et en voyeur. Une comédie humaine où le bonheur n’est pas au centre du quotidien mais revient souvent comme une forme d’interrogation. Si l’envie d’aller à la rencontre des humains trop humains qui rêvent de mieux vous tente, alors lisez ce livre de Yasmina Reza.

Lire un extrait

Love letters to the dead – Ava Dellaira

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Laurel vient de rentrer au lycée. Dans son nouvel établissement personne ne la connait, personne n’est au courant de la tragédie qui l’a frappée au printemps. C’est sans compter sur sa professeur d’anglais dont le premier devoir consiste à écrire une lettre à une personne décédée. Trouvant l’idée intéressante Laurel va écrire à ses idoles Kurt Cobain, Amy Winehouse, River Phoenix, Judy Garland et bien d’autres.
Dans ses lettres, elle écrit sur sa nouvelle vie, de son insertion dans un groupe d’amis à la séparation de ses parents. Elle va petit à petit se dévoiler et aborder la peine et la culpabilité qu’elle éprouve depuis la perte de sa sœur aînée.

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Laurel est une adolescente mal dans sa peau qui vit une situation familiale tendue. Les jeunes filles sont pleines de ressources surtout lorsqu’on place en elles de la confiance. Une idée, une envie et le destin de Laurel va changer.

Nouveau départ dans un un nouveau lycée. Le rythme de vie change. D’une part, sa mère qui a décidé de déménager à la suite de la mort de sa soeur et de la laisser avec son père et sa tante afin de se reconstruire. Et d’autre part, une semaine sur deux, elle dort chez sa tante qui habite plus proche et l’autre chez son père. Comment continuer à vivre sans sa soeur, plus grande, que l’on admire et à laquelle on souhaite tant ressembler? Comment combler le vide? Un jour la professeur d’anglais donne un devoir : écrire une lettre à une personne célèbre morte.

L’exercice parle tout de suite à Laurel et au lieu d’en écrire une seule, elle va remplir tout un cahier. Ces lettres vont lui permettre d’exorciser doucement ces peines. Elle va adresser des courriers à Kurt Cobain, premier destinataire, chanteur adoré de sa soeur puis Judy Garldand, Elizabeth Bishop, River Phoenix, Amelia Earhart, Amy Winehouse, Janis Joplin, Allan Lane, Jim Morrison, John Keats, E. E. Cummings et Heath Ledger. Acteur, chanteur, aventurière, poète, ils partagent son chagrin et sa joie de cette jeune fille qui les admire. Par ce biais, nous apprenons à mieux les connaître et et donne envie de les écouter et de les lire.

Bien entendu, qui dit nouveau départ, nouveau lycée dit nouvelles rencontres. Laurel se fait des nouvelles amies et rencontre son premier amour. Petit à petit, elle n’est plus seulement la petite soeur de May, elle devient une personne entière. Grâce au fait, qu’elle exprime à haute voie son secret qui l’a rongeait elle se libérait. La vie reprenait doucement sa place et s’implantait aussi auprès de sa famille. Ainsi, les pages se tournent et je m’attache de plus en plus à cette adolescente et ces amies où le mal dans la peau les côtoie. En fond sonore, on pourrait mettre Amy Winehouse et se plonger dans ces lettres qui forme un journal intime.

Le point positif est que la fin n’est pas décevante comme beaucoup de livres de ce genre. Je me suis laissée aller dans les personnages très complets et complexes. C’est avec plaisir, rire et sourire que je les ai accompagner dans les moments de doutes, de souffrance et de joie. L’auteure a pris le risque de parler d’abus sexuel, de drogue, de l’abus de consommation d’alcool chez les mineurs avec rigueur et une très grande justesse car c’est une réalité bien concrète que beaucoup n’ose pas aborder. Belle écriture, structure très originale qui dynamise la lecture et accroche pas mal car j’avais tendance à me dire, « allez, encore une lettre ».

Un livre qui ne laisse pas indifférent aussi bien par son aspect extérieur avec une très jolie couverture que par son contenu. La période adolescente est déjà un moment assez perturbant en soi alors si vous rajouter le décès d’une soeur et des parents qui se séparent cela donnent un coté dramatique plus important. Alors si le hasard vous fait rencontrer ce livre dans une librairie où dans une médiathèque cédez à la tentation.

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Nos étoiles contraires de John Green